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Tome I.
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TROISIEME PARTIE. - CHAPITRE IX.

pour une somme plus ou moins forte d’espèces et de meubles d’argent,même lorsque l’équipage a le bonheur d’être sauvé. Les bâtiments quiapportent de l’argent d’Amérique, presque tous ceux qui vont trafiqueraux Indes orientales et en Chine, ont même une partie de leur cargaisonen argent; et tous n’arrivent pas à bon port.

Ces différentes causes de destruction réunies seraient loin, cependant,d’absorber pour 190 millions d’argent qu’on suppose annuellement fournisparles mines. Que devient le surplus? Il augmente la masse des monnaieset la masse des ustensiles d’argent du monde entier; et ce marché est sivaste, que nous devons être peu surpris que celte quantité de métal, qui,après tout, ne fait pas la dixième partie du numéraire qu’on attribue à laFrance, n’y produise pas une grande sensation. Songez, messieurs, com-bien de pays sont dans une prospérité croissante. Depuis cent ans, la po-pulation de presque tous les Etats de l’Europe s’est accrue ; ce qui supposeune augmentation de richesses et de nouveaux besoins en numéraire et enustensiles. De semblables progrès ont été bien plus frappants encore dansles colonies devenues indépendantes. Les États-Unis nous montrent unenouvelle nation tout entière à chaque génération. L’Amérique espagnole,Saint-Domingue, ont prospéré malgré leur crises, peut-être à cause deleurs crises. Entre les mains des Anglais, l’Inde devient un empire, sinonpuissant, du moins plus commerçant et plus populeux qu’il n’était. Il n’y apas jusqu’à celle terre si ingrate qui forme, sous le nom d’Australasie, lacinquième partie du monde, qui ne nous offre déjà, au port Jackson, à laterre de Van Dicmen, de nouvelles sociétés civilisées, auxquelles il fautdes monnaies et des ustensiles d’argent. ; et cela sur des plages où, jusqu’ànotre siècle, il n’existait que quelques sauvages épars, à qui l’usage desmétaux précieux, cl même de tous les métaux, était absolument inconnu.

Devons-nous être surpris que l’argent tiré journellement des minestrouve à se placer à mesure qu’il est produit au jour ? Si les mines cessaientd’être fécondes, comme je ne pense pas que ce fût un obstacle à la marcheprogressive des habitants de la terre, et comme le besoin de ce métal iraiten augmentant sans qu’il pût être multiplié, il est probable qu’il devien-drait de jour en jour plus précieux, et finalement très rare. Mais c’est, ainsique je l’ai dit, une disette dont nous ne paraissons pas menacés.

M. de Ilumboldl, dans son Foyage à la Nouvelle-Espagne , nous ap-prend que, depuis cent ans, le produit des mines du Mexique s’est accrudans le rapport de 25 à 110 ; et il ajoute que l’abondance de l’argent esttelle, dans la chaîne des Cordillères, qu’en réfléchissant sur le nombre de