DES DIFFERENTS METAUX SERVANT DE MONNAIES. 405
celte occasion de multiplier ses profits jusqu’à ce que les pièces d’or fussentassez abondantes pour qu’il y eut peu de différence entre la valeur de l’or-lingot et la valeur de Por-monnaie.
La valeur propre de l’or, de même que celle de l’argent, a sa sourcedans les usages auxquels il est propre, tant pour les bijoux et les do-rures que pour les monnaies. Au prix où les frais de production portentces deux métaux, il paraît que la société générale, celle qui habite le mondeentier, peut annuellement absorber 45 fois plus d’argent que d’or, puisque,selon M. de Humboldt, on lire des entrailles de la terre 45 fois moins d’orque d’argent 1 . Comme l’or ne vaut qu’environ 45 fois et demi plus quel’argent, vous voyez que leur valeur respective ne vient pas des quantitésrespectives que l’on obtient des exploitations, mais de leurs frais de pro-duction combinés avec les besoins des consommateurs.
La cherté de l’or fait que, malgré les services que l’on peut tirer de cebeau métal, on n’en peut demander (avec les frais de production qu’ilcoûte) que la 45° partie de ce qu’on demande du métal d’argent (au prixoù le portent ses frais de production). Si les usages de l’or avaient auxyeux des consommateurs un mérite vingt fois supérieur au mérite de l’ar-gent, on donnerait volontiers 20 onces d’argent, ou la même valeur en toutautre produit, pour acquérir une once d’or ; la quantité d’or exploitées’augmenterait; c’est-à-dire qu’on exploiterait des filons qui, avec lesprix tels qu’ils sont actuellement, ne donnent aucun profit, et les bénéficesque font les propriétaires des mines plus riches deviendraient plus con-sidérables.
L’or semble être à trop bon marché comparé avec l’argent. Quoi ! onn’en lire des entrailles de la terre qu’une once, tandis qu’on tire 45 oncesd’argent! Pourquoi ne le paie-t-on pas 45 fois davantage? Pourquoi con-sent-on à donner une once d’or à celui qui vous donne seulement quinzeonces et demie d’argent? Cela nous indique, messieurs, que l’argent estpresque trois fois plus recherché que l’or, en supposant indispensablesles frais que l’un et l’autre réclament. La modicité du prix de l’argent,quoique moins grande qu’on ne pourrait la supposer, en considérant ceque chaque année en voit mettre au jour, suffit néanmoins pour mettre cemétal à la portée d’un nombre de consommateurs quarante-cinq fois plusconsidérable, soit en nombre, soit en importance, qu’il n’y a de consom-mateurs pour l’or.
* Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, t. IV, page 222.