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TROISIÈME PARTIE. - CHAPITRE X.
Il en est de cela comme des vins. Il se produit peut-être cent bouteillesde vin médiocre ou mauvais pour une bouteille des premiers crûs ; ce-pendant, cette bouteille excellente 11 e se vend pas cent fois plus cher quel’autre, parce que le vin mauvais, ou du moins le médiocre, est à la portéed’un nombre de fortunes assez grand pour pouvoir être payé un prix quin’est inférieur que de vingt fois au prix des premiers crûs.
Ce qui contribue encore à faire consommer, au prix où les portent leursfrais de production, plus d’argent que d’or, c’est qu’il est propre a cer-tains usages auxquels l’or n’est pas propre au même degré. Il est moinslourd et plus consistant. Les gens les plus riches, ceux à qui leur fortunepermettrait d’avoir indifféremment des meubles en or ou en argent, lespréfèrent souvent en argent. Ou, si la couleur de l’or leur plaît davantage,ils préfèrent l’argent ou le cuivre doré. Ce n’est point par économie quebeaucoup de belles dames portent des peignes de vermeil enrichis depierreries, plutôt que des peignes d’or : c’est parce que l’argent doré estplus léger, et que les dents du peigne se courbent moins aisément.
La grande ductilité de l’or, qui permet de l’étendre par couches exces-sivement minces sur les autres métaux et même sur le bois, et qui nousfait jouir, sans en consommer beaucoup, dosa riche et éclatante couleur,contribue encore à la moindre demande qui en est faite.
Au reste, le rapport de la valeur de l’or avec la valeur de l’argent, enjetant quelque trouble dans la valeur d’une marchandise, connue la mon-naie, qui est faite indifféremment de l’une ou de l’autre de ces matières, nejette aucune confusion dans le rapport échangeable de ces métaux avecles autres marchandises. Au prix où l’argent se trouve monté par quelquecause que ce soit, le fait est que l’on consent à donner une certaine quan-tité de toute autre marchandise, pour avoir une once d’argent. C’est cettequantité de marchandise, de blé, par exemple, qui fait le véritable prixde l’argent ; et ce prix permet d’exploiter des mines moins fécondes et plusdispendieuses que d’autres, jusqu’au point de tirer de toutes ensemble45 fois plus d’argent que d’or. Tout ce que je prétends prouver, c’est, queles circonstances qui agissent sur la valeur du métal argent ne sontpaslesmêmes que celles qui agissent sur l’or, et que la valeur relative de cesdeux métaux peut varier et varie en effet perpétuellement.
C’est par conséquent une entreprise superflue que de vouloir établir parles lois un invariable rapport de valeur entre des monnaies faites de deuxmétaux différents. Lorsqu’on fait dire à nos lois que quatre pièces d’argentde 5 francs valent autant qu’une pièce d’or de 20 francs, on leur fait dire