408
TROISIÈME PARTIE. - CHAPITRE X.
Après l’or et l’argent, les autres métaux considérés commo monnaiesdonnent lieu à des considérations peu importantes. Le cuivre en France(et, je crois, dans tous les autres États de l’Europe'), n’est monnaie qu’au-tant qu’il sert à payer les fractions et les appoints, qui ne peuvent s’ac-quitter en monnaie d’argent. Dès-lors, il ne peut pas y avoir de grandsinconvénients dans la fixation de sa valeur comparée à celle de l’argent etde l’or. Si ce qu’on appelle un franc eu cuivre vaut beaucoup moins qu’unfranc en argent, cette différence ne permet pas à un débiteur d’en tirerparti au préjudice de son créancier, puisque celui-ci n’est pas tenu de re-cevoir au-delà d’un franc, ou tout au plus de 5 francs, en monnaie decuivre. Celle-ci n’est donc qu’un signe qui représente des fi'actions du franctrop exiguës pour qu’on en fasse des pièces en argent. Or, un signe n’apas besoin de valoir intrinsèquement ce qu’il représente. Car, ainsi quevous le verrez bientôt, il lire toute sa valeur de l’objet qu’il donne le droitde se faire délivrer.
Les pièces de cuivre et celles de billon (c’est-à-dire celles où un peu d’ar-gent est allié au cuivre) ne sont donc pas proprement des monnaies, maisdes espèces de billets de confiance. Comme tels, le gouvernement qui lesmet en circulation devrait toujours les échanger, à bureau ouvert, contrede l’argent, du moment qu’on lui en rapporte un nombre suffisant pourégaler une pièce d’argent. C’est le seul moyen de s’assurer qu’il n’en restepas entre les mains du public au delà de ce qu’en réclament les échanges.
S’il en restait davantage, les pièces de cuivre ne pouvant avoir lesmêmes avantages pour leur possesseur que l’or ou l’argent qu’elles re-présentent, mais qu’elles ne valent pas, il chercherait à s’en défaire, soiten les vendant à perte, soit en payant de préférence avec celle monnaieles menues denrées qui renchérissent en proportion.
intrinsèque inférieure à celle qu’indique son prix nominal ; il en est à son égardcomme de la monnaie de cuivre et de celle de billon. Il en résulte, pour les An-glais, l’avantage de n’avoir pas à transporter, comme en France, un poids de métalconsidérable pour des paiements de moyennes valeurs. On peut consulter surce sujet une note spéciale qui se trouve à la fin de l’ouvrage intitulé : Histoire desRelations commerciales entre la France et le Brésil, et considérations généralessur les monnaies, les changes, les banques et le commerce extérieur, par H. Say ;à Paris, chez Guillaumin, libraire-éditeur. ( Note de l’éditeur.)
* Je ne connais guère que les Chinois chez qui la monnaie soit de cuivre, etoù l’argent dont on fait usage représente du cuivre.