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TROISIÈME PARTIE. - CHAPITRE II.
marchandise pour recevoir une certaine quantité d’argent,'et non des pa-roles ; et une preuve que c’est la chose et non la dénomination que jeconsidère, c’est que, lorsque la chose a changé, comme lorsqu’on a faitun papier-monnaie qui portait cette môme dénomination de 20 francs,personne n’a plus voulu donner un hectolitre de blé pour 20 francs.
Puisque c’est la chose et non le mot qui est le véritable objet de l’échange,pourquoi donner un autre nom à la chose qui déjà en porte un , qui porteun nom qui est précis, indépendant de toutes les lois, le nom de 5 grammesd'argent à 9/10 de fin ?
Pourquoi donner un même nom à deux choses différentes : à centgrammes d’argent et à 6 45/100 grammes d’or? Pourquoi faire dire à noslois que ces deux objets ont une môme valeur, 20 francs, tandis que, dansle fait, il n’ont jamais la môme valeur, et que la valeur de chacun des deuxmétaux se règle d’après des circonstances qui ne sont pas les mômes pourl’un et pour l’autre, et qu’il est hors du pouvoir de l’homme de maîtriser?
Cette imperfection dans les monnaies françaises est facile à faire dispa-raître, puisqu’il ne s’agit que de supprimer une dénomination arbitraireet de lui substituer la dénomination véritable. Seulement, comme l’or etl’argent revêtus d’une empreinte valent en général un peu plus que lesmômes métaux en lingots, on devrait, dans les engagements que Ton con-tracterait, ajoutera tel poids ces mots : frappés en monnaie. Ce n’est qu’unchangement de mots, mais c’est avec des mots que l’on égare les hommes. 11faut laisser aux mauvais gouvernements la méprisable ruse de conserverun nom pour faire croire que la chose est conservée, comme aussi de pré-tendre avoir aboli une mauvaise loi quand on n’en a supprimé que le litre.
On a cru qu’en donnant toujours le même nom aux monnaies, elles au-raient toujours la même valeur; et que Ton aurait ainsi cette valeur fixe etinvariable qui non-seulement n’a jamais été trouvée, mais qui ne peut pasêtre. Dans le chapitre suivant vous verrez dans combien d’erreurs on a étéentraîné par cette vaine prétention. Une monnaie nominale,une monnaiede compte est un mol sans réalité, si Ton n’y joint l’idée d'une monnaieréelle qui peut, à la vérité, être composée de toutes sortes de matières,mais dont la valeur est toujours en définitive réglée, non d’après la volontédu législateur, mais d’après la volonté de la nature des choses, qui com-mande au législateur lui-même.
Pour représenter la monnaie de compte comme une valeur qui peutexister indépendamment de toute monnaie effective, on a voulu s’autoriserde je ne sais quelle coutume reçue chez certains peuples demi-sauvages