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Tome I.
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DE LA FABRICATION DES MONNAIES METALLIQUES. 411

de l’Afrique qui, n’ayant pas de monnaie, y suppléent par une appréciationpurement idéale de la valeur de leurs marchandises. Chez eux, tel objetvaut dix macules, tel autre en vaut quinze ; mais qu’est-ce qu’une macutePIl n’y a ni pièce de monnaie ni aucun signe représentatif' désigné par cemot. Une macute n’est pas même une monnaie de compte, car une monnaiede compte se transmet sous une forme substantielle. Si l’on échange unchameau valant douze macules contre un esclave estimé de même douzemacutcs, on fait en réalité l’échange en nature d’un esclave contre un cha-meau. Il n’y a point là de monnaie. Il y a seulement une expression quiindique une parité de valeur ou bien une proportion de valeur entre deuxou plusieurs marchandises. Du reste, ce procédé ne sauve aucun des in-convénients de l’échange en nature. La macute n’est pas une réalité exis-tante indépendamment de la marchandise ; pas plus que dans cette phrase :voilà une compagnie de cent hommes et une autre de cinquante, les termesde cinquante et de cent ne sont des réalités indépendantes des hommesqu’ils servent à compter.

De même la monnaie de compte, si la monnaie réelle ne lui donnait uncorps, ne serait rien qu’un nombre, ne préserverait point de l’inconvénientde faire les échanges en nature; et par conséquent ne serait pas une monnaie.

On pourrait craindre qu’en refusant un sobriquet à une pièce de cinqgrammes, l’usage ne lui en donnât un et ne se formât ainsi une monnaiede compte à défaut de la loi. C’est l’usage populaire qui a donné un nomaux premiers florins, à cause d’une fleur qui s’y trouvait représentée; auxcouronnes, en raison d’une couronne dont elles étaient décorées ; aux écus,à cause d’un écusson aux armoiries du roi ou du pays. Sous saint Louis,il y avait des gros tournois-, on les appelait gros, parce que c’était la plusgrosse monnaie d’argent en circulation, et tournois, parce qu’ils étaientfabriqués à Tours.

Souvent même la flatterie donna le nom du prince à l’une des pièces demonnaie; principalement à la monnaie d’or, et à la plus précieuse. C’estpour cela que Ton vit des dariques en Perse, du nom de Darius ; en Macé-doine des philippes; des carolus en Angleterre, du roi Charles I er ; desfrédérics en Allemagne ; des ducats à Yenise, de la dignité de duc ou dogede Yenise ; en France des henris, sous le règne de Henri II et de ses deuxsuccesseurs; et plus tard des louis, des napoléons.

J’observe qu’un nom imposé par l’usage aux pièces de monnaie qui cir-culent, soit pour les distinguer entre elles, soit pour abréger les discours,n’apoint les inconvénients que nous avons reconnus dans les monnaies de