DE LA FABRICATION DES MONNAIES METALLIQUES. AVi
sont embarrassés de savoir s’ils doivent remplacer une monnaie usée parune monnaie entière, sans faire payer la perte qui résulte de l’usure despièces. Sans doute une monnaie vieille et usée vaut moins, achète unemoins grande quantité de chaque chose, qu’une monnaie neuve et entière.Ce n’est que le résultat de tout ce que nous avons observé jusqu’ici sur lavaleur des monnaies; et l’on pourrait regarder comme une générosité tropgrande de la part du gouvernement, de remplacer une pièce de monnaiequi ne peut plus acheter qu’une certaine quantité de marchandise par uneautre pièce qui peut en acheter davantage. Cependant, comme dans l’usageordinaire on ne peut pas faire une différence de valeur entre deux piècessortant de dessous le même balancier, il s’établit une valeur commune entretoutes les pièces d’une même dénomination ; les plus neuves soutiennentla valeur des plus usées ; mais lorsqu’on refond et qu’on frappe de nouveauces dernières, le fabricant ne peut les refaire sans rajouter une portionnouvelle de métal; ce qui lui cause une perte.
Si le gouvernement est fabricant exclusif de la monnaie, ainsi qu’il ar-rive ordinairement, c’est à lui seul que le porteur d’une pièce usée peuts’adresser pour la changer contre une neuve. Le gouvernement doit-ilreprendre l’ancienne sur le même pied que si elle était neuve? Ou peut-il,en conscience, ne la considérer que comme un lingot et ne la payer quesuivant la quantité de matière qu’elle contient? S’il prend ce dernier parti,il fait supporter au dernier porteur de la pièce, et à lui seul, la perte quirésulte d’un frottement dont les auteurs sont les dix mille personnes quise sont servies de la pièce comme intermediaire dans leurs échanges.
On peut dire que c’est la société tout entière qui a usé une pièce demonnaie, et que c’est à la société entière à supporter cette perte. Et commeles frais que fait le gouvernement portent sur la société tout entière, ildoit, en bonne justice, reprendre une pièce usée sur le même pied que sielle était entière, c’est-à-dire changer à bureau ouvert une pièce vieillecontre une neuve ; pourvu toutefois qu’elle n’ait pas été frauduleusementaltérée, et qu’il reste assez de vestiges de l’empreinte pour qu’on ne puissepas douter de l’authenticité de la pièce ; car il est évident que le gouverne-ment ne doit point le remplacement gratuit d’une monnaie altérée, ou d’unmorceau de métal, par une monnaie de sa fabrique, et encore moins leremplacement d’une pièce qui sortirait d’une autre fabrique que la sienne.
C’est au porteur de la pièce, au moment où il la reçoit, à s’assurer qu’elleest bonne. C’est un assujélissemcnt universel de quiconque reçoit unemarchandise, de vérifier sa qualité.