TROISIÈME PARTIE. - CHAPITRE XIII.
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profits, et par conséquent les frais de production. Mais le blé, et en généralles denrées alimentaires qui forment le fond de la nourriture d’un peuple,en se multipliant, multiplient la population, et les besoins s’étendent avecle produit.
S’il y a eu de grandes variations de prix d’une année à l’autre, en raisonde la vicissitude des récoltes, ces évènements ont toujours été passagers :car, en temps ordinaire, si l’abondance dure, la population croît, et avecelle le besoin ; si la disette se soutient, la population décline, et par con-séquent la demande. Un pays n’a jamais que la population qu’il peutnourrir, selon les habitudes que se sont faites ses habitants, cl il en résulteencore, pour les pays qui subsistent principalement de blé, un rapport àpeu près semblable entre l’offre et la demande de cette denrée.
Pour connaître le prix qui résulte de ce rapport en temps ordinaire, ilfaut seulement avoir soin d’écarter autant qu’on peut des appréciationsles années de disette et celles d’excessive abondance, d’où sont résultées defortes perturbations dans les prix, et de prendre, pour la valeur ordinairedu blé, une moyenne proportionnelle entre plusieurs années ordinaires.
Avec ces restrictions, on peut supposer qu’à de grandes distances entreles époques, c’est la valeur d’échange du blé qui, de toutes les valeurséchangeables, est restée le plus semblable à elle-même. Conséquemment,si l’on donne à une époque beaucoup plus ou beaucoup moins d’une cer-taine marchandise pour avoir une même quantité de blé, nous devonssupposer que c’est la valeur de cette autre marchandise qui a varié plutôtque celle du blé. Si, par exemple, avec une même quantité de blé on ob-tient de nos jours une moins grande quantité de bœufs ou de moutons quedans les temps anciens, nous sommes fondés à croire que la viande deces animaux a renchéri ; si, comme cela arrive , on obtient aujourd’huibeaucoup plus de soie qu’aulrcfois, nous sommes fondés à croire que lasoie a beaucoup baissé de prix ; opinion qui reçoit une grande confirma-tion de la connaissance que nous avons des difficultés qu’on éprouvait jadispour se procurer cette matière, comparées avec la facilité des moyens parlesquels nous l’obtenons aujourd’hui.
Ce qui doit contribuer encore à nous faire considérer la valeur du blécomme un meilleur moyen de comparaison qu’un autre, c’est que le prixdu blé ayant eu à toutes les époques une grande connexité avec la conditiondes peuples et avec leur police, sa valeur a, plus que toute autre, fixé l’at-tention des hommes d’Ètat, des historiens; ce qui fait qu’elle perce plussouvent que les autres à travers l’obscurité qui enveloppe les siècles passes.