VALEUR DES METAUX COMPARÉE A CELLE DU BLÉ. 427
CHAPITRE XIV.
De la valeur des métaux, précieux comparée à celle du blé, en remontantaux temps anciens.
Si nous admettons que, de toutes les choses évaluables, le blé est cellequi a le moins varié dans sa valeur, en comparant une quantité connuede blé avec une quantité connue d’or ou d’argent, nous saurons du moinspar approximation ce que ces métaux ont perdu de valeur depuis les tempsanciens.
Prenons notre hectolitre pour être cette quantité fixe de blé, et tâchonsde découvrir combien d’argent fin on donnait communément à différentesépoques pour acquérir autant de blé qu’en contient notre hectolitre 1 2 .
Jusqu’à Démosthènes, on n’a pas de renseignement sur le prix du blé;mais dans le plaidoyer de Démosthènes contre Phormion, on lit ce quisuit : « Le blé étant fort cher, et tandis qu’il se vendait jusqu’à seize« drachmes, mon client en a fait venir plus de cent mille médinnies au« prix ordinaire de la taxe, à cinq drachmes. » Voilà donc le prix ordi-naire de la taxe à Athènes : cinq drachmes par médimne.
Or, cinq drachmes, selon les antiquaires et les médailles athéniennes,contenaient 1571/2 grains, poids de marc, d’argent fin. Le médimne étaitune mesure égale à 52 de nos litres. Par conséquent, 52 de nos litrescoûtaient à Athènes, en temps ordinaire, 157 1/2 grains pesant d’argent ;l’hectolitre, qui contient cent litres, s’échangeait donc contre 303 grainsd’argent, poids de marc.
A Rome, au temps de César, la mesure de blé appelée modius valaitcommunément trois sesterces ; et trois sesterces, d’après les antiquaires®,contenaient 23 5/8 grains d’argent fin. Le blé contenu dans un modius ,pesait quatorze de nos livres, poids de marc. Quatorze de nos livres,
1 J’ai pris dans mon Cours complet les calculs qui suivent, pour rectifier,dans la cinquième édition de mon Traité d'économie politique , ce qui a rapportaux monnaies. Ici la question est, comme de raison, plus complètement déve-loppée.
2 On en trouvera la preuve dans les ouvrages spécialement consacrés à cegenre d’érudition, notamment dans Garnier, Histoire des Monnaies , tome 11,pages 333 et 341.