VALEUR DÉS MÉTAUX COMPARÉE A CELLE DU BLÉ. 429
Le denier de Charlemagne (on en possède encore) pesait 28 4/ 5 grains,poids de marc, dont il faut déduire un vingt-quatrième d’alliage Il yreste donc 27 3/5 grains d’argent fin. Voilà le prix en argent de 18 livresde froment.
Or, à ce compte, notre hectolitre, qui pèse 160 de ces livres, aurait coûté245 1/3 grains d’argent fin.
Dans l’antiquité il en valait 289, sous Charlemagne 245; on donnaitmoins d’argent pour avoir la même quantité de blé ; il semble dès lors quece métal était devenu plus précieux. Je ne peux pas répondre que cettedifférence ne vienne pas de l'imperfection des bases sur lesquelles il a bienfallu nous appuyer faute de meilleures; mais elle n’a rien d’étonnant enelle-même. Après tous les pillages qui accompagnèrent et suivirent l’inva-sion et le démembrement de l’empire romain ; après l’abandon probabledes mines d’argent de l’Altique et de l’Espagne pendant 6 à 700 ans dedésordres et de violences, après les spoliations commises par les Sarrazins;et si nous tenons compte de la déperdition constante subie par les ustensilesd’argent, aussi bien que par les naufrages, et de l’argent tombé dans lesrivières ou caché sans être retrouvé, peut-on s’étonner que le métal d’ar-gent fût devenu sous Charlemagne plus rare et plus précieux dans la pro-portion d’un sixième environ ? Près de 700 ans plus tard, sous Charles VU,le prix moyen du blé, suivant Dupré de Saint-Maur, étant de 12 sous10 deniers le selier, et cette somme contenant 328 grains d’argent fin,l’hectolitre revient à 219 grains ; ce qui est 26 grains de moins encore quesous Charlemagne, où le même hectolitre valait 245 grains. Il semble quel’argent est devenu encore un peu plus rare et plus précieux ; mais voici lemoment où il va se montrer avec une abondance que rien ne pouvait faireprésager, et produire des effets qui surprenaient les gouvernants et le vul-gaire, sans que les uns plus que les autres fussent en état de les expliquer.
L’Amérique futdécouverteen!492. Lespremièresdépouilles des peuples
appelée de ce nom : elle ne pesait que 14 de nos livres au plus, et le prix de4 deniers d’argent (ou 981 1/3 grains d’argent fin) aurait été un prix extrava-gant pour cette quantité de blé. Ce n’était pas non plus notre ancien minci, quise composait de 12 setiers pesant chacun 240 livres poids de marc. C’était pro-bablement quelque mesure anciennement usitée dans les Gaules, ou parmices Allemands appelés Francs , qui avaient imposé aux Gaulois quelques-unsde leurs usages en même temps que la servitude.
1 Garnier, Histoire des Monnaies, tome 11, p. 342.