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Tome I.
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VALEUR DES MÉTAUX COMPARÉE A CELLE DU BLÉ. 435

duits, quoique leurs produits changent de nature. Tel champ qui nour-rissait deux cents lapins et des chevreuils, n’a plus ni lapins ni chevreuils;il produit en froment ou en lin dix fois cette valeur ; et une plus grandevaleur produite entretient une population plus nombreuse. Mais aussi lesbestiaux, et surtout le gibier, renchérissent'.

Nous avons lieu d’être souvent surpris, en lisant l’histoire des ancienstemps, de la grande consommation de viande qui s’y faisait. Des animauxentiers disparaissaient dans un festin. Les solennités religieuses abat-taient des taureaux par centaines. Une semblable destruction ne seraitguère praticable de nos jours, si ce n’est dans le voisinage des pays in-cultes de l'intérieur de l’Amérique du Sud. Un marbre apporté d’Athènesà Londres par milord Sandwich porte une longue inscription où Tonvoit, entre autres choses, que cent neuf bœufs, envoyés par les Athénienspour des sacrifices dans le temple de Délos, ont coûté 8,415 drachmes ;dépense alors somptueuse, puisqu’on s’en vantait dans un monument pu-blic. Cependant, en évaluant celte somme, en proportion de la dégrada-tion de la valeur de l’argent, beaucoup plus haut qu’on ne le fait commu-nément, chacun de ces bœufs n’aurait coûté que 146 à 147 francs. Lesanimaux consacrés aux dieux devaient être choisis parmi les plus beaux ;c’est-à-dire parmi ceux qui, chez nous, coûteraient 300 ou 400 francs. Ilsont donc considérablement renchéri 1 2 .

Dans les temps modernes, avant que la population et les défrichementsfussent aussi avancés que nous les voyons, la viande de boucherie coûtaitbeaucoup moins. Dupré de St-Maur, dans ses Recherches, etc., trouvequ’en Tannée 1342 un bœuf se vendait 10 à 11 livres tournois, valeuréquivalente à celle de 175 francs de notre monnaie; cela ne fait guèreplus de la moitié de la valeur actuelle d’un bœuf ordinaire 3 . Le blé qui se

1 Ceci est une grande confirmation de la doctrine des besoins et de leurinfluence sur les prix, doctrine établie dès le commencement de cet ouvrage.Les besoins des hommes changent avec leurs développements ; ces besoins élè-vent la demande et le prix des services productifs au moyen desquels on peut lessatisfaire. Un plus haut prix de ce genre de services élève le prix des produitsen élevant leurs frais de production.

2 L’abbé Barthélemy n’évalue la drachme qu’à 18 sous de notre monnaie. Ace compte chaque bœuf n’aurait coûté que 77 francs 20 centimes.

5 Voyez les Recherches statistiques, très intéressantes, sur la ville de Pariset le département do la Seine, publiées par M. de Uhnbrol, préfet.