TROISIEME PARTIE. — CHAPITRE XIV.
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produit en place de la viande n’a pas dû baisser de prix, parce que laconsommation du blé a dû augmenter comme la production. La demandede la viande, au contraire, au lieu de diminuer à mesure que la viandedevenait plus rare, a dû suivre une marche opposée ; car des consomma-teurs de blé plus nombreux ont dû être aussi des consommateurs deviande. La meme cause a dû, comme on voit, maintenir au même taux leblé et faire payer plusieurs autres objets de consommation plus cher.
Les impôts sont venus par là-dessus, les impôts qui sont une augmen-tation réelle dans les frais de production, comme l’est le loyer des terres.Ils ont donc fait monter certains produits; et pour payer un produit pluscher, il faut donner une plus grande quantité d’argent, indépendammentde ce qu’il en faut donner de plus, en raison de la dégradation de la valeurpropre de l’argent lui-même.
Je dis que les impôts ont augmenté les frais de production de certainsproduits, et non pas de tous, quoiqu’ils tombent à peu près sur tous, parcequ’il y a des produits, comme la plupart de ceux des manufactures, oùl’épargne qui résulte d’une production plus habile et mieux entenduebalance et surpasse, dans les frais de production, la hausse qui résulte del'augmentation des fermages et des impôts. Jamais les tissus de coton n’ontété à si bas prix que de nos jours, par suite des grands progrès qui onteu lieu dans celte fabrication; et cependant la monnaie dont on les paievaut moins. On paie 30 sous l’aune des toiles peintes que cinquante ansplus tôt Ton aurait payées, dans une qualité équivalente, tout au moins4 francs 50 centimes, et les 30 sous que Ton paie ne valent pas 25 sousd’alors. Ces étoffes paraissent avoir baissé des deux tiers; elles ont réelle-ment baissé au quart peut-être de leur valeur il y a cinquante ans.
Il est une autre circonstance qu’il faut apprécier lorsqu’on raisonne desprix en argent, quoiqu’au fond elle ne tienne pas au prix. Nous dépen-sons plus d’argent non-seulement lorsque les choses sont plus chères, oul’argent plus commun, mais lorsque nous consommons réellement davan-tage ; ou, ce qui revient au même, lorsque nous consommons des pro-duits de meilleure qualité. À mesure que les sociétés font des progrès encivilisation, elles deviennent plus difficiles ; il leur faut un peu plus pourles contenter; dans les mêmes conditions, on veut avoir plus d’abondance,on dédaigne ce qui est plus grossier, moins joli, moins fini. Les logementssont plus chers que dans le siècle passé ; je veux le croire : je sais que lesmatériaux dont se bâtissent les maisons sont plus chers; je sais que lesimpôts dont les propriétaires se plaignent sont plus lourds ; mais aussi je