VALEUR DES MÉTAUX COMPARÉE A CELLE DU RLE. 437
soupçonne que , dans les mêmes professions, on veut avoir un peu plusd’espace pour se loger, des esealiers fermés, mieux éclairés et plus pro-pres, des portes qui joignent mieux, des rues plus aérées. Or, ces avan-tages ont tous une valeur, et il se pourrait que nous payassions le loyerde nos appartements plus cher, sans que rien eût renchéri, sans que l’ar-gent eût baissé de valeur ; simplement parce qu’un ménage qui se con-tentait de trois pièces pour se loger, veut maintenant en avoir cinq. C’estainsi que beaucoup d’objets ont renchéri pour trois raisons :
Parce que leurs frais de production se sont véritablement accrus;
Parce que l’argent dont nous les payons vaut réellement moins qu’il nevalait, et que, par conséquent, il en faut donner davantage ;
Et eulin, parce que nous ne nous contentons pas des mêmes qualitésqu’aulrefüis, et que nous voulons être mieux servis.
De ces trois causes de renchérissement, la première (les frais de pro-duction) tient seule au produit et forme son renchérissement réel. La se-conde n’est pas un renchérissement du produit : c’est une dégradation dela monnaie.
Enfin, la troisième n’est pas un renchérissement non plus ; car ce qu’onnous donne de plus en qualité, vaut ce que nous payons de plusen monnaie.
« Henri IV, dit Voltaire, déjeunait avec un verre de vin et du pain blanc.« Il ne prenait ni thé, ni café, ni chocolat; il n’usait point de tabac; sa« femme et ses maîtresses avaient fort peu de pierreries ; elles ne portaient« point d’étoffes de Perse, de la Chine et des Indes. » (Ici, je crois queVoltaire se trompe : on n’avait alors de mousseline que celle qu’on tiraitdes Indes; mais on en lirait peu). « Aujourd’hui, poursuit cet historien,« une bourgeoise porte à ses oreilles de plus beaux diamants que Calhe-« fine de Médicis; la Martinique et Moka fournissent le déjeûner d’une« servante. »
Nos anciennes chroniques nous présentent une foule d’observations dumême genre. Les médecins les plus en vogue faisaient leurs visites montéssur des mules ; les présidents au parlement allaient à l’audience dans lemême équipage. Dans mon enfance, il n’y avait pas un seul des agents dechange de Paris qui eût une voiture ; maintenant, il n’v en a pas un seulqui n’en ait une, ou tout au moins un cabriolet. Les maîtres de danse, lescoiffeurs même en ont. Les mœurs étaient plus simples, sans être pluspurcs.
On a souvent cité les lettres que madame de Maiulenon, femme deLouis XIV, écrivait à son frère, M. d’Aubigné, et à madame d’Aubigné,qui tenaient à Paris une maison considérable pour le temps, et qui avaient