TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE XV.
iii
possédât quelque renseignement tolérable sur le prix du blé vers la findu sixième sièele, son prix ne serait probablement pas établi en écus d’or;il faudrait doue savoir en même temps le rapport de la monnaie dans la-quelle l’estimation serait faite avec les écus d’or; il faudrait surtout savoirla contenance de la mesure du blé dont on nous donnerait le prix, alin deconnaître son rapport avec nos mesures de capacité actuelles ; et, malgrétout cela, il serait facile de se tromper du double au simple dans toutesces réductions.
Pour les temps postérieurs, la connaissance que nous avons des mon-naies de Charlemagne nous fournit quelques moyens d’arriver à des éva-luations plus exactes. Nous lisons, par exemple, dans l 'Abrégé chronolo-gique du président Hénaull, qu’au concile de Toulouse, tenu en l’année 846,la contribution que chaque curé était obligé de fournir à son évêque, savoir,un minot de froment, un minot d’orge, une mesure de vin et un agneau,était évaluée deux solides, ou 2 sous. Nous n’avons pas la moindre idée dece tpie c’étaient que ces minots de froment et celle mesure de vin ; maisles 2 sous étaient les mêmes que ceux de Charlemagne. On ne changearien à la monnaie de ce prince pendant toute la seconde race, probable-ment à cause du respect qu’inspirait sa mémoire. Or, 2 sous de Charlemagnecontenaient 24 deniers; et si chaque denier équivalait à 24 livres de fro-ment, ainsique nousl’avonsvuplushaul(page428), les deux sous devaientéquivaloir à 576 livres de froment, selon le poids du temps, qui n’avaitque 42 de nos onces, ce qui les réduit à 432 de nos livres de poids.
Maintenant, partant de la supposition que la valeur du froment est celle(pii a subi le moins d’altération, nous devons attribuer aux deux sous duconcile de Toulouse la même valeur qu’à 432 livres de blé, c’est-à-dire,une valeur de 53 francs 30 centimes. C’était la contribution que les évê-ques levaient sur les curés qui à leur tour levaient la dîme sur les paysans.
Dupré de Sainl-Maur, dans son Essai sur les Monnaies, paraît croireque depuis le règne de Philippe-Auguste, c’est-à-dire, à peu près depuisl’an 4200 de l’ère vulgaire, la capacité du setier de Paris est toujours res-tée à peu près la même. Or, cette quantité de blé approche beaucoup d’unhectolitre et demi ; et prenant pour notre époque 19 francs pour le prixmoyen de l’hectolitre de blé, le prix moyen actuel du setier est 28 francscinquante centimes. En conséquence, chaque fois que nous voyons dansl’Histoire de France, depuis Philippe-Auguste, que le setier de blé est àun certain prix, nous pouvons traduire ce prix, quel qu’il soit, par vingt-huit francs 50 centimes d’aujourd’hui.