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Tome I.
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ÉVALUATION UES SOMMES HISTORIQUES. 413

Ainsi nous savons qu’en 1514, sous Louis XII, le froment valait, annéecommune, 26 sous le setier; 26 sous valaient donc alors autant que 28 fr.cinquante centimes à présent; et tandis que les historiens portent, pen-dant le règne de ce prince, le montant des contributions publiques à7,650,000 livres tournois, nous devons les estimer égales à plus de 67 mil-lions de francs. Raynal n’évalue cette somme qu’à -36 de nos millions ! Vousvoyez quelle fausse idée il en donne.

Jusqu’ici, dans l’évaluation des sommes historiques, j’ai supposé quel’on savait ce que la monnaie évaluée pouvait acheter de blé. Mais il arrivefréquemment que la somme est énoncée en une monnaie, et que le prixdu blé est rapporté en une autre monnaie faite d’un autre métal, faite dansun autre pays, faite à une autre époque. Faut-il dans ce cas là renoncerà toute espèce d’appécialion de la valeur consignée dans l’histoire ? Non,messieurs, on peut n’y pas renoncer tout-à-fait, on peut souvent connaîtrece que la somme historique contient d’or ou d’argent, et l’on peut en mêmetemps avoir quelques notions de la valeur que l’argent ou l’or avait alorscomparativement avec le blé. Il n’y a eu qu’un temps, dans les annales dumonde, où la variation de valeur des métaux précieux a été rapide et s’estfait sentir inégalement : c’est celui qui a suivi la découverte de l’Amérique.Du reste, les changements ont été fort lents, par des raisons que j’ai dtÿàeu occasion de vous développer, et dont la principale, vous pouvez vousle rappeler, est que le marché où se répandent les métaux précieux estvaste, car il embrasse la terre entière; et que, par conséquent, de trèsgrandes quantités perdues ou produites (à moins qu’elles ne soient im-menses), y font peu de sensation.

Sauf donc à cette époque de grands bouleversements dans la valeur desmétaux précieux, nous pouvons supposer qu’ils n’avaient pas des valeurstrès diverses à deux époques, pourvu qu’elles ne fussent pas trop distantes,et dans deux pays, pourvu qu’ils ne fussent pas très éloignés. Si donc,par le moyen de la quantité de blé que l’argent pouvait acheter dans unlieu, nous savons approximativement ce que valait l’argent dans ce lieu,c’est pour nous une indication de ce qu’il pouvait valoir dans un autre lieu,où nous ne savons pas quel a pu être le cours du blé.

C’est par ce moyen détourné que nous apprendrons peut-être à évaluerla fortune colossale que les Médicis, ancêtres de la famille aujourd’huirégnante en France, avaient acquise dans le commerce.

M. Roscoe, auteur anglais d’une Vie de Laurent de Médicis , a déterréun document assez précieux, où l’on voit qu’à la mort de ce prince-négo-