TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE XV.
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l iant, arrivée en 1492, on dressa un inventaire des biens réunis des deuxit ères, Côme et Laurent de Médieis, afin d’en faire un partage ; et il setrouva que ces biens s’élevaient à la somme de 470,274 florins d’or. Dési-rant connaître, par la valeur du blé, quelle valeur représente pour nouscelle fortune, nous aurions besoin de savoir combien chaque florin d’orpouvait acquérir de blé en 1492; mais nous ignorons quel était le prixcommun du blc à Florence à cette époque. Nous savons seulement qu’avecune once d’or fin on faisait 8 florins d’or, et qu’une once d’or valait autanti[iie 15 onces d’argent; le florin d’or valait donc autant qu’une once etsept huitièmes d’argent.
Nous savons d’ailleurs qu’au travers de toutes les altérations subies purla monnaie française, et sous quelques dénominations qu’un morceau d’ar-gent fin ait été frappé en monnaie, depuis l’année 1113 jusque vers l’année1540, la neuvième partie d’un marc d’argent fin, de 8 onces, a toujours,sulïi en France, année commune, pour acheter un selier de blé, quantitéde blé bien connue, et qui pesait 120 kilogrammes actuels.
A ce compte, une once et 1/8 d’argent, qui était l’équivalent d’un florind’or de Florence, aurait acheté 2 seliers et 11/100 de selier, qui valentaujourd’hui 60 fr. 13 cent. Nous aurons donc 60 fr. 13 cent, pour la va-leur approximative actuelle de chaque florin d’or de Florence, cl pour lafortune des frères Médieis, qui se montait à 470,274 florins d’or, nous au-rons une somme de 28 millions 277 mille fr. de notre monnaie.
Cette somme vous paraîtra bien plus importante encore, si vous consi-dérez que l’état et les ressources de tous les autres princes étaient alorsbien moindres qu’ils n’ont été depuis que les progrès de l’industrie et dosrichesses leur ont permis d’imposer de plus fortes charges aux nations.En outre, la fortune des Médieis était placée dans le commerce, dans uncommerce lucratif et bien établi, et ces capitaux leur rapportaient vrai-semblablement fort au delà d’un intérêt ordinaire.
Ces évaluations, tout imparfaites qu’elles sont, et les antres considéra-tions économiques, nous donnent la clef de plusieurs évènements qu’ons’expliquerait difficilement sans cela, et notamment de la grande influenceque cette famille exerçait. Elle faisait des papes ; elle mariait ses filles àdes rois. On ne peut lire l’histoire dorénavant que l’économie politique àla main ; car nos meilleurs historiens sont venus dans un temps où Ton nese faisait point une idée juste de la nature des choses dans tout ce quipeut y avoir rapport. Loin de suppléer à l’insuffisance de leur lecteur, ilsne peuvent que l'égarer. Voltaire lui-même, si avide de la vérité, et qui