U6
TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE VI.
5
quantité d’or ou d’argent; mais ce n’était qu’une promesse illusoire, puisque faucun bureau n’était ouvert où le porteur pût se faire délivrer la quantité jjd’or ou d’argent stipulée dans le billet. Quand il peut être remboursé, sa !valeur, la faculté qu’il a d’acheter, de devenir l’objet d’un échange, n’a rien ]d’élonnanl. Il a une valeur pareille à celle du métal dont il vous rend pos- ;sesseur du moment que vous le désirez. C’est alors un signe représentatifd’une valeur réelle ; or, des signes de ce genre sont d’un grand usage dansl’économie des sociétés, et nous étudierons avec soin leurs propriétés ’. ■
Mais les monnaies de papier, ne pouvant être remboursées à volonté, ne }représentent réellement aucune valeur; ce ne sont point des signes re-présentatifs; si elles ont quelque valeur, il faut que cette valeur soit en ;elles-mêmes, il faut qu’elles aient une valeur propre, comme les mon-naies métalliques. C’est le fondement de celle valeur qu’il s’agit de dé-couvrir.
On pourrait croire que la promesse, quoique illusoire, de rembourseren monnaie métallique, suffit pour leur en donner. L’expérience prouvele contraire, et l’on a vu des monnaies de papier, comme des billets de la !banque de Law, et plus récemment les assignats français, tomber à rien, jmalgré la promesse contenue dans ces billets jusqu’à la fin. L’homme qui freçoit une monnaie de papier qu’il ne peut se faire payer à bureau Ouvert, ;ne tient nul compte de la promesse. 11 ne reçoit point le billet dans la vue 'd’en obtenir le remboursement, mais de le faire passer de nouveau, des’en servir pour faire un achat. C’est celte faculté qu’on lui attribue deservir à acheter quoi que ce soit, que j’appelle sa valeur. Or, l’expériencenous apprend qu’il est possible de donner à une monnaie de papier unevaleur ainsi désignée, et même une valeur égale à celle du métal qu’elleremplace sans le représenter.
Nous avons vu longtemps les assignats conserver une valeur approchantde la somme d’argent énoncée, quoiqu’il n’exislât aucun bureau où Ton fûtobligé de délivrer cette somme sur la présentation d’un assignat.
Les billets de la banque d’Angleterre, qui étaient, il y a quelques années,un papier-monnaie, puisque la banque n’était pas tenue à payer de l’or oude l’argent contre un billet, et que les lois anglaises autorisaient un débi-teur à se libérer avec ces billets; les billets de banque, dis-je, non-seule-ment ont conservé leur valeur plus long-temps que les assignats, mais
Voyez ci-après lechap. XVIII de cette troisième partie du Cours.