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TROISIÈME PARTIE. — EIIAP1TRE XVI.
La grande dépréciation du papier-monnaie appelé assignats dans lecours de la révolution française alla au point que ses auteurs, ne pouvantplus acheter quoique ce fût avec celte monnaie avilie, furent d’eux-mêmesobligés d’y renoncer. M. Ramel, qui a été ministre des finances depuiscette époque, nous a révélé que l’on fabriqua des assignatspour 45 milliards578 millions de francs. S’ils avaient chassé complètement le numérairemétallique, qu’on pouvait évaluer à 2 milliards, les 45 ou 46 milliards d’as-signats n’auraient dû valoir qu’autant que deux milliards de monnaie mé-tallique, dont, par supposition, la France a besoin pour ses échanges;c’est-à-dire, tomber à la 23° partie de leur valeur nominale ; 23 francsd’assignats n’auraient dû acheter que ce qu’un franc achetait auparavant.
Ils tombèrent bien plus bas; car je me souviens d’avoir vu payer une livre,de beurre 600 francs. Cela vient de ce que les assignats étaient loin defaire l’office de l’instrument des échanges pour toute la France. Il y avaitdes provinces ou les assignats ne paraissaient que pour le paiement descontributions ou pour l’acquittement des domaines nationaux; il yen avaitmême qui, n’ayant pas reconnu le gouvernement d’alors, avaient absolu-ment repoussé sa monnaie.
Vers les derniers temps, les assignats ne pouvant presque plus rienacheter, la majeure partie de la circulation s’opérait sans eux. Mais cetteénorme dépréciation n'était point, comme on croit, l’effet de leur discré-dit; car en'supposant leur discrédit extrême et le gouvernement privéde toute confiance, les assignats auraient encore valu deux milliardsen argent, si Ton avait borné leur émission à deux milliards en papier,et si Ton eût réussi à interdire toute autre monnaie. Je ne dis pas qu’oneût dû ou pu le faire ; je dis seulement ce qui serait arrivé si on l’eûtfait.
L’évènement des assignats vous découvre un des grands inconvénientsdu papier-monnaie. La facilité de le multiplier est un danger auquel l’au-torité résiste difficilement. La dépréciation s’ensuit, et les possesseurs debonne foi de cette marchandise avilie la voient s’évanouir entre leurs !mains. La monnaie ne nous servant pas en raison de ses usages matériels,mais seulement en raison de sa valeur, s’évanouit quand elle perd savaleur.
Si les billets de banque d’Angleterre ont conservé une grande partie tic Ila leur, c’est parce que la Grande-Bretagne, protégée par sa position in-sulaire, n’a jamais été exposée aux derniers dangers. Une adpiinistration *ferme a pu dès lors borner l’émission de ses billets. Mais on ne peut pas