DES MONNAIES DE PAPIER. 455
prévoir ce qui lut arrivé, même dans la Grande-Bretagne, si la paix n’avaitpas été faite '.
Un autre inconvénient des monnaies de papier, c’est l’appât qu'ellesoffrent aux contrefacteurs. Du moment qu’avec des matières premièresde peu de valeur (de l’encre et des chiffons), on peut faire une marchandisequi en a beaucoup, la cupidité de tous les faussaires est éveillée; une primeeffrayante est offerte aux plus adroits d’entre eux. L’homme de bonne foiest perpétuellement dans l’appréhension de recevoir des billets faux. Lasociété est affligée d’avoir tant à punir. En Angleterre, le nombre des con-damnés pour crime de contrefaçon des billets de banque a été effrayant.C’est un triste cortège du papier-monnaie ; et si avec beaucoup d’ordre etde conduite on peut y trouver un agent économique des transactions so-ciales, d’un autre côté la tentation qu’il offre aux faussaires, et à laquelleils succombent trop souvent, est un contre-poids qu’il n’est pas permis depégliger.
Pour résumer en peu de mots ce que je vous ai dit, messieurs, de la com-position et de la valeur des monnaies, quelle que soit la matière dont onles compose, leur valeur totale est égale à la somme de valeurs dont lasociété a besoin pour intermédiaire de ses transactions ; et cette valeur dé- j
1 La Banque de France, à la suite de la révolution de Février, s’est vue aussidans la nécessité de suspendre les remboursements en espèces. Elle y fut auto-risée par un décret du gouvernement provisoire du 16 mars 1848 ; mais commece décret fixait en même temps une limite fort étroite aux émissions de billets,et comme la crise n’avait pas eu pour cause, ainsi qu’en Angleterre, une émissiondisproportionnée à la réserve, et amenée par des avances abusives faites au gou-vernement, il n’en est résulté qu’une dépréciation momentanée des billets encirculation, et la reprise des paiements en espèces, ordonnée par la loi du 6 août1850, a pu s’accomplir sans aucune perturbation dans les intérêts privés. Aureste, la Banque n’avait usé que modérément de la dispense qu’elle avait obtenue.En fait, elle n’a jamais complètement interrompu ses remboursements, et lemaximum de circulation, fixé d’abord à 350 millions, a du être successivementélevé, par des décrets postérieurs, à 422, puis à 525 millions.
Cette issue favorable d’une crise qui s’annonçait fort menaçante doit être at-buée en grande partie à des causes purement locales, et n’infirme en rien les con-clusions que l’auteur a tirées d’exemples tout différents sur les dangers du pa-pier-monnaie et des banques privilégiées. 'Note de l'éditeur.)