m
TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE XVIII.
Le district où l’on fait usage des billets de confiance ne s’étend jamais,du moins chez nous, bien loin du lieu où la caisse est ouverte pour lesremboursements. On en conçoit la raison : un billet ne peut être reçuvolontairement que dans les endroits où non-seulement on peut le réa-liser du moment que l’on a la moindre inquiétude sur sa solidité, mais oùl’on peut le changer contre les fractions de monnaie dont on peut avoirbesoin. L’entrepreneur qui construit pour moi un bâtiment ne consentiraà recevoir de moi un billet de mille francs qu’aulant qu’il est en son pou-voir de le changer aussitôt contre des écus, pour le distribuer à ses four-nisseurs ou à ses ouvriers 1 * * 4 * * * .
C’est ce qui fait que les billets de la banque de France ne circulent cou-ramment qu’à Paris ; et il ne reste jamais dans la circulation que la somme(pie les besoins de Paris peuvent absorber en billets de mille et de cinqcents francs. Si la banque émettait des billets d’une moins forte somme, ilspourraient être employés dans des transactions qui se font actuellementavec des écus ; la circulation dès lors en absorberait une plus forte somme 8 .
La compagnie de la banque jouit de l’intérêt de la somme des billets encirculation, en déduisant toulefoisdc celle somme celle des espèces qu’elleest obligée de tenir en réserve pour subvenir aux remboursements éven-tuels ; car elle doit toujours être préparée à exécuter ce remboursementdu moment qu’on le lui demande. Je dis qu’elle jouit de l’intérêt des billetsen circulation, parce que ces billets sont représentés par des lettres déchange qui sont dans son portefeuille, qu’elle a achetées avec ses billets,et qui portent intérêt, puisqu’en les acquérant elle a déduit l’escompte.C’est là ce qui fait son profit.
Si ce n’est pas le public qui jouit des intérêts du nouveau capital qui
1 Les billets de la banque d’Angleterre circulent à la vérité assez loin de
Londres, où se trouve la seule caisse qui soit rigoureusement tenue de les rem-bourser; mais c’est en raison de la vaste et prompte correspondance qui setrouve entre les banques de province et celle de Londres. Les premières don-
nent volontiers en échange des billets de la banque d'Angleterre leurs propresbillets, qui dans chaque province font l’office de monnaie.
4 Les monnaies de papier qui ont un cours, je ne dirai pas forcé (car on n’est
pas forcé de vendre sa marchandise contre une monnaie de papier), mais dont
on se sert quand on n’en a pas d’autre, sont reçues loin du lieu qui les met en
circulation. Ce n’est pas la possibilité de les réaliser en espèces qui les fait
circuler.