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TROISIÈME PARTIE. - CHAPITRE XIX.
Pour multiplier leurs bénéfices, les banques sont fort portées à solliciterde l’autorité un privilège exclusif pour leurs opérations. Les nombreux etimportants rapports qu’elles entretiennent nécessairement avec le public,les sûretés et les facilités qu’elles procurent au commerce, fournissent àleurs entrepreneurs des arguments en leur faveur. De son côté, l’autoritépublique, qui sacrifie trop souvent les intérêts des gouvernés à ceux desgouvernants, est assez portée à accorder de semblables privilèges, qu’ellese fait bien payer. La banque d’Angleterre a constamment fait des avancesau gouvernement, jusqu’au moment où le gouvernement ne pouvant plusla rembourser, elle se trouva elle-même hors d’état de rembourser sespropres engagements. Même accident était arrivé en 1783 à la caisse d’es-compte de Paris, qui était une véritable banque. Et en 1803, lorsque legouvernement de Bonaparte donna à la banque de France le privilèged’émettre seule des billets représentatifs de la monnaie, outre le prêt qu’ilse fil faire de la presque totalité du capital des actionnaires, il se réservala nomination d’un gouverneur et de deux sous-gouverneurs, richementdotés aux dépens de cette compagnie.
Quand un gouvernement interdit à une compagnie quelconque le droitde mettre dans la circulation des billets au porteur, n’enfreint-il pas unerègle du droit naturel qui permet à tout homme de contracter des enga-gements, s’il en trouve un autre qui juge ces engagements dignes de saconfiance? C’est une question de droit qui sort de mon sujet. Je me bor-nerai à faire remarquer ce qui arriverait s’il pouvait se former un nombreindéfini d’associations qui eussent pour objet de mettre en circulation desbillets au porteur. Un billet au porteur pouvant suppléer la monnaie qu’ilreprésente, et suffire à presque tous ses usages, s’il est loisible à tout par-ticulier d’en faire avec des formes qui admettent un très grand dévelop-pement, chacun peut par ce moyen multiplier la somme des unités moné-taires de tout un pays, et cette faculté mène à de très grandes conséquences.Tous les engagements pécuniaires qui sont contractés dans le pays peuventen être affectés, car ils sont stipulés en monnaie. Ainsi le numéraire d’unpays tel que la France, étant évalué à 2 milliards de francs, si une ou plu-sieurs compagnies le doublent par leurs billets, il sera porté à 4 milliardsnominalement ; mais comme les 4 milliards ne vaudront toujours en sommeque ce que valent aujourd’hui 2 milliards, chaque franc ne vaudra plus quedix sous, les loyers des maisons et des terres ne rapporteront plus auxpropriétaires le même revenu qu’ils y trouvaient; si j’ai prêté une somme,l’intérêt qu’on me paiera, bien que nominalement le même, sera loin d’avoir