476
TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIX.
Ces maux, qui deviennent des malheurs publics, nous font voir que, dequelque façon que l’on décide la question de droit, la nécessité oblige qu’onmette quelque restriction à la faculté qu’ont les particuliers ou les entre-prises particulières d’émettre des billets au porteur. Quoique chacun enprincipe ait le droit d’élever comme il l’entend des édifices sur son terrain,la sûreté publique n’exige-t-elle pas que l’on borne la hauteur des maisonset qu’on proscrive les mauvaises constructions qui menaceraient la viedes hommes * 1 ?
Si les billets de confiance peuvent remplacer la monnaie, ils ne peuventdu moins remplacer qu’elle. Il serait ridicule de supposer qu’ils pussentremplacer celle partie de nos capitaux qui nous servent par leurs qualitésmatérielles : ils ne remplacent donc ni nos maisons, ni nos machines. Ensupposant donc qu’ils pussent remplacer la totalité de nos monnaies mé-talliques (ce qui n’arrive point), ils n’augmenteraient jamais les capitauxd’un pays que d’une somme inférieure à la somme de ses monnaies ; etTon a vu que cette somme a des bornes nécessaires. Celte somme seraitmême diminuée de toutes celles qu’il faudrait tenir en réserve pour leurmériter la confiance publique, et de toutes celles qui seraient nécessairespour les coupures et les petites sommes. Si l’on voulait excéder celtemesure, il faudrait en faire de la monnaie de papier, et ce ne seraientplus des billets de confiance. La monnaie de papier elle-même ne sauraitexcéder la somme de la valeur monétaire dont le pays a besoin.
Cela montre que les présomptions qui font trouver dans la création depapiers de crédit des ressources sans bornes, ne sont autre chose que deschimères et ne peuvent obtenir la confiance que des personnes étrangèresà toutes notions d’économie politique.
La soliditédu gage qu’on donnerait aux billets ne leur conférerait pointla propriété de remplacer la monnaie. On a fait de fort beaux projets debanques territoriales où les billets avaient pour gages des terres et desimmeubles. Mais à quoi peut servir une terre à quelqu’un qui a besoin de
parmi les banques de province, et qu’il y eut quatre fois autant de compositionsà l’amiable.
1 Un des moyens d’empêcher la trop grande multiplication des billets, est dedéfendre qu’on en fasse au-dessous d’une certaine somme ; de manière qu’ilspuissent servir à la circulation des marchandises qui passent d’un négociant àun autre négociant, et qu’ils soient incommodes dans la circulation qui sc faitdu marchand au consommateur.