486
TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE XXI.
s’acquittent en monnaie anglaise ; mais je suis à Paris, je ne possède quede la monnaie'française avec laquelle il faut que j’achète des livres ster-ling. Or, je peux les acheter, soit en prenant au cours, à Paris, des lettresde change sur Londres, soit en donnant ordre à mes correspondants deLondres de faire une traite sur moi, payable dans Paris, traite qu’ils né-gocieront à Londres, et par le moyen de laquelle ils se procureront deslivres sterling, qu’ensuite' j’appliquerai aux besoins qui me faisaient dé-sirer d’avoir de celle monnaie.
De ces deux partis, il est évident que je préférerai celui qui, pour lemême nombre de francs, me procurera le plus de livres sterling. Si doncle change est plus bas à Londres qu’à Paris, si l’on y trouve une livre ster-ling pour le prix de 26 francs, tandis qu’à Paris je serai obligé de la payer26 francs, il est évident que je donnerai ordre de tirer sur moi. Pareilcalcul sera fait par d’autres personnes, et le résultat inévitable sera queles francs, se trouvant par là plus offerts à Londres, y baisseront de va-leur; on en donnera davantage ; le change remontera à 26 francs 60 cen-times au lieu de 26 francs, et les livres sterling étant moins demandéesà Paris, y baisseront ; on donnera moins de francs pour les acquérir ; et,au lieu de les payer 26 francs, on ne les paiera plus peut-être que 26 fr.60 centimes, comme à Londres. C’est ainsi que les deux cours tendront àse rapprocher.
Le pair du change est le cours auquel on donne en une monnaie lamême quantité d’or ou d’argenl-métal qu’on en acquiert dans une autremonnaie. Si dans 24 francs 76 centimes il y a précisément autant d’ar-gent fin qu’il y en a dans une livre sterling, 24 francs 76 centimes sera lepair du change entre la France et l’Angleterre. Quand le prix du changeexcède le pair, quand, par exemple, on donne 26 francs pour une livresterling, il faut conclure qu’il y a plus de gens qui demandent à fairepasser des fonds en Angleterre qu’il n’y en a qui désirent tirer des fondsd’Angleterre ; d’où l’on conclut en général qu’il vient plus de marchan-dises d’Angleterre en France qu’on n’eu expédie de France en Angle-terre, puisqu’on recherche plus la monnaie anglaise que la monnaie fran-çaise; puisque, soit à Paris, soit à Londres, on paie plus cher une onced’argent payable à Londres, qu’une once d’argent payable à Paris. Onappelle cela avoir le change contre soi.
Cette aberration, cette différence dans le prix d’un métal, suivant lelieu qu’il occupe, a des bornes ; les mêmes bornes que nous avons remar-quées dans le change entre Paris et Lyon. Elle ne peut excéder la valeur