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TROISIEME PARTIE.
CHAPITRE XXI.
qu’ils envoyaient sur le continent ; mais ils y trouvaient encore leur compte;car la monnaie anglaise était bien moins dépréciée en Angleterre, dansles achats qu’on y faisait, qu’elle ne méritait de l’être et qu’elle ne l’étaithors de l’Angleterre. Jamais, dans un pays qui émet une monnaie de pa-pier, cette monnaie ne tombe aussi bas que dans l’étranger. Elle a toujours,dans le pays même qui la fait, des usages qu’on ne lui trouve pas au dehors.Ne sert-elle pas à celui qui veut s’acquitter de ses dettes aussi bien quesi elle était bonne? Ne sert-elle pas à payer une dette à,laquelle tout lemonde est tenu, sans exception, je veux dire les contributions publiques ?
C’est la raison pour laquelle dans ces cas-là il se fait beaucoup d’expor-tations. En France, au temps des assignats, on achetait des marchandisesquelconques avec des assignats qui conservaient toujours plus de valeurau dedans qu’au dehors ; on les exportait, et avec l’argent qu’on en lirait,on rachetait dans l’étranger des assignats, ou, ce qui revient au même,des lettres de change sur la France, lesquelles étaient payablcsen assignats.Avec celte monnaie, on rachetait en France de nouvelles marchandisespour les exporter de même, profilant chaque fois de l’excès de valeur queles assignats avaient en France sur ce qu’ils valaient dans l’étranger ’.
Et comme les marchandises les plus faciles à transporter sont l’or et.l’argent, et que celles-là ont toujours un cours ouvert au dehors, c’est l’oret l’argent qui, dans un pays où l’on crée un papier-monnaie, disparaissentles premiers.
Quand on veut remettre en un pays étranger des valeurs en lettres dechange, il n’est pas nécessaire que ce soient des lettres de change sur cepays-là même. Je peux payer à Londres des marchandises que j’ai faitvenir d’Angleterre, en traites sur Amsterdam. Ce sera le parti que je pré-férerai si les traites sur Amsterdam, vendues à Londres, y rapportent plus
1 Je dis que l’on achète des lettres de change avec les marchandises qu’on aexportées, c’est-à-dire, quand c’est la France qui a un papier-monnaie, que l’onachète des lettres de change payables en France. Or, l’étranger ne peut fournirdes lettres de change payables en France, sans y avoir adressé d’autres marchan-dises; et comme ces dernières, par la raison même que j’ai dite dans le texte,ne sont importées qu’avec désavantage, on n’importe guère dans ces cas-là queles denrées que la France doit nécessairement tirer du dehors, comme le sucre,le café, les drogueries, et l’on est obligé de les faire payer cher. C’est le consom-mateur de denrées équinoxiales qui paie les profits que font les négociants surl’exportation des produits français.