LETTRES DE CHANGE ET CHANGE AVEC L’ÉTRANGER. 480
de livres sterling que ne m’en auraient procuré des traites sur Londresmême. Je n’approfondis pas ici les causes qui font à Londres rechercherdes effets payables dans Amsterdam ; ce peut être la nécessité de faire desremises à Dantzig, pour payer les blés que l’Angleterre a tirés de la Po-logne. Peu importe : je considère ici le fait et non ses causes. Or, il estde fait qu’en tout pays les lettres de change payables en d’autres paysont un prix, courant variable, ce qui donne lieu à un genre de spéculationsque l’on appelle arbitrages de change.
Ces opérations consistent essentiellement à faire des traites sur le paysdont la monnaie se vend bien , et à faire les fonds de ces traites (c’est-à-dire à remettre de quoi les acquitter) en lcllrcs de change sur le pays dontla monnaie peut être achetée à bon compte. Ainsi, quand la monnaie d’Es-pagne payable à Madrid, ou, si vous l’aimez mieux, les lettres de changesur Madrid, sont à un prix élevé à Paris, un banquier de Paris fournitdes traites sur son correspondant de Madrid, et il remet à Madrid deslettres de change sur Hambourg, si la monnaie payable à Hambourg peutêtre acquise à bon compte à Paris, et si elle est recherchée en Espagne.
Ces opérations ont pour le monde commercial celle utilité, qu’ellestendent à égaliser partout la valeur des monnaies, et, par conséquent, àfaire valoir, en chaque pays, la monnaie du pays tout ce qu’elle peut valoir.
Vous pourrez vous étonner, messieurs, que tandis qu’on trafique avectoutes sortes de pays, on n’ait de changes ouverts qu’avec un petit nombrede places de commerce. Souvent même les villes où l’on a un change ouvertne sont pas celles où l’on envoie ou d’où l’on tire le plus de marchandises.Les villes qui consomment le plus de marchandises françaises en Italie,ne sont pas Gênes et Livourne, qui sont les villes avec lesquelles la Francefait le plus d’affaires de banque. Ce ne sont pas non plus ces deux villesqui font en France le plus d’expéditions de marchandises. Mais, de mêmeque pour solder les achats que fait un particulier, celui-ci donne souventun mandat sur son banquier ou sur son homme d’affaires, une ville peutpayer les marchandises qu’elle importe en sesmandalssur une autre ville.LesLyonnaisreçoivenlvolontiers eu lettres de change sur Livourne le prixdes magnifiques étoffes dont se parent les pompeuses cérémonies du cultedes Romains, et avec ces mêmes lettres de change, ils acquittent les soiesqu’ils tirent du Piémont.
Lorsqu’on achète des blés de la Pologne à Dantzig, ou lorsqu’on tired’Odessa sur la mer Noire ceux que produit la fertile Ukraine, les négo-ciants chargés de ces achats de grains se remboursent indifféremment,