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TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE XXI.
suivant les ordres qu’ils en reçoivent, en faisant des traites sur Londres ousur Amsterdam.
En général, on préfère, pour y faire ses paiements et ses recettes, la placeoù l’on a de plus fréquentes communications. C’est pour cette raison quela majeure partie des affaires qui se font en France se soldent en papiersur Paris. Un épicier d’Alençon envoie à Nantes des effets sur Paris pouracquitter des sucres qu’il a tirés de Nantes.
Vous me demanderez peut-être si une ville telle, par exemple, queParis, après avoir tiré des lettres de change sur tous ses débiteurs pourle montant de toutes les marchandises qu’elle a envoyées, peut s’acquitteravec des lettres de change des envois qu’on lui aurait faits en sus de cettevaleur. Non, messieurs, on n’a aucun droit de faire des lettres de changesur ceux qui ne vous doivent rien; cl ils ne vous doivent qu’aulaut quevous leur avez envoyé des valeurs réelles. Ces valeurs sont la chose dontle lettre de change n’est que le signe. Si elle n’est le signe de rien, elle nevaut rien ; de meme qu’un titre de propriété ne serait qu’un chiffon s’iln’était soutenu par une propriété véritable.
Dès lors, quand Paris a reçu plus de marchandises qu’il n’en a expédié,comment s’acquitte-t-il de l’excédant? — Voici ce qui arrive. Les négo-ciants de autres villes, ayant pour une plus forte somme de lettres dechange à fournir sur Paris qu’on n’en demande, les lettres de change surParis perdent une partie de leur prix, et dès ce moment il devient avan-tageux de tirer de celle ville des marchandises qu’on n’en aurait pas tiréessans cela.
Si à Lyon on pouvait acheter des effets sur Paris à 2 pourcent de perte,c’est-à-dire si, pour 98 francs, on se procurait cent francs payables dansParis, on pourrait acheter à Paris pour 98 francs un objet qui effective-menten vaudraiteent; il y aurait alors, sans nul doute, de nouvelles spé-culations à faire qui rétabliraient la balance des exportations de Paris avecses importations.
Ce qui a fait croire à quelques personnes qu’un pays pouvait s’acquitterà l’égard d’un autre au moyen de lettres de change, c’est qu’on a vu fairedes remises dans des villes où l’on n’avait fait aucun envoi. Paris a pu re-cevoir de Nuremberg des quincailleries, et, n’ayant rien envoyé à Nurem-berg, payer ces quincailleries en lettres de change sur Amsterdam ; c’estqu’alors des négociants français avaient envoyé des vins ou des huiles àAmsterdam, et que d’autres Français se servaient de cette créance pouracquitter les quincailleries de Nuremberg.