Band 
Tome I.
Seite
491
JPEG-Download
 

LETTRES DE CHANGE ET CHANGE AVEC L’ÉTRANGER. 491

Il se pouvait même que les Français n’eussent rien envoyé à Amster-dam au-delà de ce qu’ils en avaient reçu; mais les remises sur Amsterdamétaient faites, je suppose, par des négociants de Cadix qui avaient expédiéen Hollande des vins de Xercz, et ces Espagnols les avaient données enpaiement à des Français qui leur avaient expédié des toiles de Bretagne.

On ne sait pas bien dans quel temps on a commencé à faire usage deslettres de change. On n’en trouve aucune trace dans l’histoire ni dans lalégislation des anciens peuples. Le commerce qu’ils faisaient entre euxressemblait à celui que les Européens font avec les Chinois, auxquels ilsvont porter des marchandises ou de l’argent, dont ils emploient immédia-tement la valeur en denrées de Chine qu’ils revendent en Europe. Pourpouvoir se servir de lettres de change, il faut qu’il s’établisse auparavantdes relations fréquentes et qui permettent de traiter autrement que par deséchanges faits de la main à la main. Il faut une poste aux lettres, un lan-gage commun, des moeurs analogues entre les nations qui trafiquent entreelles. Tout cela n’existait point dans l’antiquité.

Chez les modernes, on ne voit l’usage des lettres de change devenir fré-quent qu’au commencement du dix-septième siècle. On a quelques raisonsde croire cependant que les républiques d’Italie, qui fleurirenldu treizièmeau quinzième siècle, les connaissaient, et que ce furent les Florentins, queles troubles politiques chassèrent de leur pays, qui en portèrent l’usageà Lyon d’abord, à Amsterdam ensuite, et ailleurs. En effet, des négociantsqui faisaient un commerce considérable et étendu, qui achetaient à Alexan-drie d’Égypte, à Smyrne, à Constantinople, les épiceries, les soies et lescotonnades de l’Asie, pour les revendre en France, en Espagne, en Flandre,en Angleterre, et jusqu’à Hambourg, devaient avoir fréquemment des as-signations à fournir sur ces pays là, et les personnes qui se rendaient dansle Nord, par exemple, pour y acheter des chanvres, des mâtures, du fer,ou qui seulement fuyaient les persécutions politiques et religieuses, durentrechercher ces mandats, pour porter avec elles des valeurs sans courir lerisque du transport. De là à l’usage universel des lettres de change il n’ya qu’un pas. La première mention qui en est faite dans nos lois se trouvedans une ordonnance de LouisXI, de 1462, portant confirmation des foiresde Lyon. Cette ordonnance (art. 7) permet à toutes personnes,de quelqueétat, nation, ou condition qu'elles soient, de remettre leur argent par lettresde change, en quelque pays que ce soit, etc. Comme s’il était nécessaired’une permission pour cela! Une ordonnance de Louis XIV de 1673, au