DE CE QUI FAIT L’IMPORTANCE DU REVENU.
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de l’État, nejouissaicnt plus en réalité que des trois quarts de leurs revenus.Les fonctionnaires publics auraient été dans le même cas, si l’on n’y avaitsuppléé par des indemnités et des augmentations de traitements. Lesrevenus du fisc s’en seraient de même trouvés diminués, si l’on n’y avaitsuppléé par des emprunts et des impôts.
Lorsque ensuite, après la paix de 1814, on restreignit l’émission desbillets de banque, et qu’en conséquence la valeur de celte monnaie re-monta par degrés jusqu’à son ancien taux, les revenus des rentiers rede-vinrent ce qu’ils étaient; mais comme on ne diminua point les impôts, niles traitements des fonctionnaires publics dont la quotité était fixée enmonnaie, il en résulta que ces fardeaux augmentèrent environ d’un quart,sans changer de dénomination. C’est une des causes de la détresse où s’esttrouvée l’Angleterre pendant la paix ; époque qui semblait devoir être aucontraire favorable à toute espèce de prospérité.
De même que les revenus qui se touchent en monnaie varient et par leprix de ce qu’on achète et par la valeur de la monnaie qui sert à acheter,les revenus fondés sur des produits quelconques, comme sont ceux desentrepreneurs d’industrie, qui font les uns du froment, les autres deshuiles, les autres des étoffes, etc., varient suivant le prix de toutes ceschoses, et suivant le prix de tous les objets de consommation que l’onachète par leur moyen. Nous avons vu également que les revenus varientsi on les transporte d’un endroit à un autre. La conclusion naturelle qu’ilen faut tirer, c’est que tout revenu est perpétuellement variable. Il n’y arien là qui doive nous étonner, puisque nous avons vu dès longtemps quetoute valeur est variable de sa nature ; or, un revenu est une valeur, et nepeut s’apprécier que par d’autres valeurs.
S’ensuit-il qu’il ne faille en aucun cas apprécier un revenu? Ce n’estpas ce que je prétends. Je dis seulement qu’une appréciation n’est plusbonne hors de la circonstance où elle est faite ; et qu’elle ne donne plusqu’une indication fausse, si vous la transportez dans un autre lieu et dansun autre temps. Ainsi, quand je dis de deux familles qui habitent la mêmeville : celle-ci a 12,000 francs de revenu et celle-là en a six, je peux con-clure que cette dernière n’a qu’une moitié du revenu de l’autre ; mais jene puis dire avec exactitude que celle qui a 12,000 francs de revenu àParis a le double du revenu de celle qui en a six en province ; ni que cellequi a 12,000 francs au commencement du XIX e siècle a le même revenuque telle autre qui jouissait de 12,000 francs au commencement duXVIII e siècle.