Band 
Tome II.
Seite
199
JPEG-Download
 

CARACTÈRES DES CONSOMMATIONS

199

Quelques économistes ont avancé qu’une nation ne s’enrichit que del’excédant des valeurs produites sur les valeurs consommées. Ils ont évi-demment voulu dire qu’elle ne s’enrichit que par ses épargnes, sans faireattention que les épargnes elles-mêmes sont consommées reproduclive-ment, et qu’une consommation reproductive détruit aussi réellement lavaleur consommée que si elle avait été consommée improductivement

La lenteur ou la rapidité avec laquelle s’opèrent les consommationsne changent pas leur nature. Je vous ferai seulement observer que, danschaque période de temps, il n’y a de consommé que la portion de valeurque l’objet a perdue durant cette période. Plusieurs générations succes-sivement peuvent se parer du même diamant sans qu’il perde sensible-ment de sa valeur. Sa consommation est donc insensible. Une maison estmoins durable : sa valeur ne se soutient que par des réparations conti-nuelles, dont le prix représente la consommation graduelle, T usure de lamaison, et finalement il arrive une époque où ses matériaux remboursentà peine sa démolition, et où, par conséquent, sa valeur, comme maison,est réduite à rien. C’est seulement alors qu’elle est entièrement con-sommée. Je ne parle pas ici du terrain, qui ne se consomme pas.

Un meuble meublant se consomme plus vite qu’une maison, et un fruitplus vite qu’un meuble. La pêche cueillie ce matin dans un jardin n’a étécomplètement mûre, sa production n’a été achevée que ce matin ; et ilfaudra qu’elle soit consommée avant la fin de la journée de demain.

De toutes les consommations, la plus rapide est celle que l’on fait desproduits immatériels. Us n’ont aucune durée ; et si l’on veut que leur con-sommation serve à quelque chose, elle doit avoir lieu au moment mêmeoù ils sont créés. Le domestique qui me sert à table me rend un servicequi a une utilité et un prix ; mais ce service d’aujourd’hui ne m’est d’aucunsecours plus lard. Si je veux être servi à table demain, il faudra que ledomestique prenne une nouvelle peine et que je lui paie un nouveau sa-laire. Le service d’hier n’a plus aucune valeur; il a été complètementconsommé.

Toutes ces consommations sont proportionnées à la valeur consommée.

1 Adam Smith lui-même a dit qu’une nation ne prospère que lorsque le pro-duit annuel surpasse la consommation annuelle. Mais il n’a pas exprimé savéritable pensée, et la preuve en est dans les développements qu’il donne à cethéorème, où l’on voit clairement qu’il n’entend parler que de sa consommationannuelle improductive. Voyez Smith, liv. IV, chap. 3, vers la fin.