218 SEPTIÈME PARTIE. — CHAPITRE V.
des bêtes que de celle des hommes 1 * * * . Calculez ce que l’un de ces villagesoffre d’encouragements à la production comparativement à l’autre, et decombien de consommations et de jouissances une population, souvent 'nombreuse, est privée 5 ! j
Si nous remontons de la classe des simples'ouvriers à celle^des petits 1bourgeois et même à la bonne bourgeoisie, et si nous comparons les dou- :ceurs dont elle jouit avec celles que se procure la classe riche, combien netrouverons-nous pas de produits qu’elle ne consomme point et qu’ellepourrait consommer si elle produisait davantage ! La difficulté est de pro-duire, répète-t-on ; eh ! c’est cette difficulté qu’il faut apprendre à vaincre;c’est manquer d’industrie que d’être arrêté par les difficultés ; il faut agirde sa tête aussi bien que de ses bras et de ses jambes, et, quand on estpourvu de facultés parla nature, ne pas s’abandonner à l’indolence. Il n’ya presque pas une ferme en France dont le produit 11 e pût être considé-rablement augmenté, si son propriétaire s’informait des progrès les plusrécents de l’agriculture, et s’il travaillait à introduire dans sa terre lesaméliorations éprouvées dont elle serait susceptible. Au lieu de s’informer,de s’instruire, et ensuite d’agir jusqu’à ce que les améliorations soientexécutées, il préfère végéter dans l’oisiveté d’une petite ville, sans aug-meu ter ses revenus, ses consommations, ni, par une suite nécessaire, cellesde toutes les personnes qui tiennent à lui.
Voilà quelles sont, dans la plupart des nations, les classes où la con-sommation pourrait prendre un développement immense, si elles deve- 1
’ Dans les pays où les contributions publiques peuvent être accrues en raison j
de l’aisance qu’annouçent les habitations, l’affiche de la misère est une sauve- ,
garde contre les impôts ; mais souvent aussi la misère des gens de la campagne ;
est le fruit de leur apathie et du mauvais emploi qu’ils font de leurs facultés. iL’église et le cabaret en neutralisent une partie ; mais c’est surtout l’intelligence,l’économie et l’activité qui leur manquent. 11 n’y a pas de famille de villageois,quelque indigente qu’elle soit, qui ne pût tenir propres et rangés les abords etl’intérieur de son habitation.
5 Un villageois cruellement tourmenté de douleurs rhumatismales vint meconsulter un jour sur les moyens de se soulager. Je lui conseillai de mettre ungilet de flanelle sur sa peau. 11 ne savait seulement pas ce que c’était que de laflanelle. « Retournez alors une de vos vestes de laines et portez-là sous votrechemise. — Comment, répliqua-t-il, pourrais-je porter une veste de laine sous !ma chemise, moi qui n’ai jamais eu de quoi en porter une par-dessus ? » Et sonvillage tout entier était dans le même cas.