CONSOMMATIONS FAVORABLES AUX PRODUCTEURS. 219
liaient plus industrieuses et plus productives; si l’on avait le talent etl’activité nécessaires pour faire un utile emploi des capitaux qu’on amasseobscurément et qu’on perd ensuite dans d’aveugles confiances, dans defolles entreprises, ou dans le gouffre des fonds publics.
L’habitude contractée par les consommateurs de se servir de produitsbien faits oblige les fabricants à contracter l’habitude de les bien faire ;et celte habitude a d’heureuses conséquences pour les producteurs aussibien que pour les consommateurs. J’ai vu des ouvriers anglais à qui l’ondisait : Je ne vous demande pas de terminer cet objet avec tant de soin ; etqui répondaient : Il ne dépend pas de moi de travailler autrement. C’estcelte habitude qui a assuré longtemps aux produits anglais une préfé-rence marquée dans l’étranger. J’ai vu au contraire les meubles d’acajoufabriqués à Paris ne pouvoir se vendre dans les pays lointains, et lescommandes qui en étaient venues d’abord ne point se renouveler, parceque la confection de ces meubles était négligée ; les tiroirs, les cloisonsdes commodes et des secrétaires, et eu général les parties cachées, étaientfaits de bois trop léger ou trop peu sec, à peine raboté ; l’acajou dont ilsétaient revêtus était tellement mince, qu’il n’avait guère que la consis-tance d’un papier collé sur du bois. Il s’y manifestait des boursoufluresavant que les meubles fussent rendus à leur destination. C’est ainsi quele goût exquis qui se montrait dans le dessein de ces meubles, le poli etla beauté des bois extérieurs, la beauté et la richesse des ornements debronze, qui auraient assuré à la France un commerce où elle ne pouvaitredouter aucune concurrence, ont été des avantages perdus par la mau-vaise exécution des détails secondaires ; et les détails secondaires étaientmal exécutés, parce que les consommateurs français étaient trop peuconnaisseurs ou trop peu difficiles.
Celte insouciance des consommateurs nationaux est d’autant plus con-traire aux exportations, que les consommateurs étrangers mettent uneimportance nécessaire à la bonne qualité des produits. Us leur reviennentplus cher à cause de la distance et des frais de commerce. Ne pouvantpas les renouveler souvent, ils ont besoin qu’ils durent plus longtemps.Us veulent que l’on puisse les monter et les démonter facilement, car ilsn’ont pas la facilité de les envoyer chez le marchand pour les réparer. Desproducteurs qui font des produits imparfaits par la raison qu’ils doiventaller au loin et que les consommateurs ne pourront pas se plaindre, nereçoivent pas de plaintes, en effet, mais aussi ils ne reçoivent pas de coin-