DE LA CONSOMMATION DES ABSENTS.
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au vulgaire, est pour le philosophe un sujet continuel de surprise. Unemachine organisée qui porte en elle le principe de ses mouvements et quipeut transporter le système entier de son être, par la seule impulsion desa volonté, est sans doute un des problèmes les plus difficiles de ceux qu’arésolus la création de l’univers. Mais ce n’est point comme une œuvremerveilleuse que nous observons l’homme dans ce cours; et, de ses facultés,nous n’étudions que ce qu’elles ont de précieux pour lui et l’influencequ’elles exercent sur l’économie de la société.
Il ne m’appartient pas non plus de décider si la société ayant, pour sonpropre avantage, reconnu le droit de propriété, ce droit peut s’étendrejusqu’à reconnaître à chaque individu le droit d’emporter ce qui lui appar-tient, lorsqu’il juge à propos de transporter sa personne et de résider dansl’étranger. Je remarquerai seulement que le droit de disposer de sa pro-priété dans le pays comprend, dans le fait, la faculté de l’emporter audehors. Il suffit de la transformer en marchandises dont l’exportation estpermise. Pour les biens-meubles la chose est peu douteuse. Quant auximmeubles, un propriétaire peut les vendre, autrement il ne serait pasmaître de son bien ; et uu immeuble transformé en valeurs mobilièresest un bieu qui peut facilement être exporté. Peu importe l’espèce desvaleurs mobilières qui sont exportées. De quelque manière que ce soit, cesont toujours des exportations qui n’entraînent point des retours, desvaleurs perdues pour le pays. Ainsi donc, laissant de côté la question dedroit, que résulte-t-il du fait de l’exportation d’un capital ou d’un revenu,et de la consommation qui s’en fait dans l’étranger?
Quant à l’exportation d’un capital ou de la valeur d’un bien-fonds, l’effet[ est le même que celui de la dissipation : c’est la suppression du revenuqui résultait pour la nation de l’emploi de ce capital, et la suppression desprofils que les travailleurs trouvaient dans cet emploi ’. Pour ce qui estd’un revenu qu’on reçoit dans un pays, dans une province, en Irlande,je suppose, et que l’on consomme dans un autre pays, en Angleterre, parexemple, l’effet n’en est pas aussi funeste; cependant il est très contraire;
’ Le revenu du capital n’est pas perdu pour son possesseur absent, parcequ’on peut supposer qu’il fait valoir son capital dans l’étranger; mais c’est uneportion perdue du revenu national. Voyez partie I re , cliap 14, les effets de ladissipation des capitaux. On dissipe de même un immeuble en emportant dansl’étranger le prix de sa vente, qui dès lors ne rapporte plus de profits au paysde l’émigrant.