CONSOMMATIONS PAR RAPPORT AU CONSOMMATEUR, m
dérer comme raisonnable une dépense qui paraîtra extravagante à unartisan. IL est seul juge de l’importance de ces deux valeurs; sa volontén’est dirigée par aucune règle, n’est soumise à aucun contrôle; le pauvrepeut porter un jugement opposé à celui du riche, et ils peuvent avoir raisontous les deux.
S’agit-il des consommations publiques? il semble plus difficile encored’en constater la légitimité. Dans celles que font les particuliers, c’est unemême personne qui consent au sacrifice et qui en jouit ; l’individu peutcomparer une peine et une satisfaction qui se passent en lui-même. Maisdans les dépenses publiques, la comparaison est plus difficile, même ensupposant une parfaite bonne foi dans les appréciateurs ; car ce n’est pasla même personne qui décide de la dépense qui en supporte les frais '. Cen’est pas même sans difficulté que le contribuable parvient à comparer lapart qu’il supporte dans les dépenses publiques avec la part d’avantagesqu’il en recueille.
Cependant, messieurs, quelque difficile que soit pour le public et lesparticuliers l’appréciation de leurs sacrifices et des avantages qu’ils enretirent, on ne saurait la croire indifférente. Toutes les consommationsn’atteignent pas également leur but, qui est de procurer une satisfactionproportionnée au sacrifice. Elles s’approchent et s’éloignent plus ou moinsde ce but. Les unes ont constamment d’heureux résultats; les autres enont constamment de fâcheux. Les effets de la consommation n’arriventpas par hasard, non plus que ceux de la production. Il y a encore ici deslois dépendantes de la nature de la chose qui veulent que les mêmes causes,dans des circonstances pareilles, soient suivies des mêmes effets.
Ce sont ces lois, messieurs, dont il s’agit de faire notre profit. Si nousn’avons pas, pour nous guider dans cette recherche, des principes aussicertains que dans les autres parties de l’économie politique, nous avonsdu moins des questions nettement posées; et, guidés par l’expérience,nous sommes en état, dans le plus grand nombre des cas, de rattacher leseffets à leurs causes.
1 On peut dire que, dans un gouvernement représentatif, le représentant quivote les dépenses est en même temps le contribuable qui les paie ; mais il nepaie que quelques centaines de francs et consent des centaines de millions. Cen’est pas lui d’ailleurs qui fait une application spéciale de l’argent. 11 vote unesomme pour l’instruction du peuple, et il est possible qu’on emploie cette sommeà enseigner au peuple des sottises ou des erreurs.
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