DES CONSOMMATIONS LES PLUS JUDICIEUSES.
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de première nécessité, et sans la satisfaction desquels l’homme, rigoureu-sement parlant, ne conserverait pas sa vie et sa santé. Un sauvage peut secontenter d’avoir ces besoins-là satisfaits ; mais l’homme développé, celuiqui vit au sein d’une société civilisée, en a d’autres encore qui ne lui sontpas moins indispensables dans le genre de vie qu’il a embrassé. Les natu-rels de la mer du Sud vivent sans habits; l’homme policé ne le peut pas.L’état d’avancement de nos sociétés, nos travaux, nos arts, nos études,nous rendent nécessaires des maisons fermées; et comme ces travaux, cesarts, ces études, sont nécessaires à notre existence sociale telle qu’elleest, on peut dire que des maisons fermées sont pour nous de nécessité etsatisfont des besoins réels.
Par une suite nécessaire, les besoins réels s’étendent à mesure que lasociété devient plus civilisée. Chez nos pcres, on pouvait remplir un postedans la société sans savoir lire ni écrire. Nos ducs et nos barons d’autre-fois ne signaient leurs noms qu’avec la pomme de leur épée, et appelaientleur aumônier pour lire leurs lettres, quand par hasard ils en recevaient.Au dix-huitième siècle, ils en savaient un peu plus; cependant le duc deRichelieu de cette époque ne savait pas l’orthographe et s’en vantait.Aujourd’hui leurs successeurs rougiraient d’ignorer la grammaire. Pluslard ou ne trouvera pas, dans la plus mince chaumière, une seule per-sonne incapable de lire, d’écrire et de chiffrer. Alors ce sera un besoinréel dans toutes les familles d’enseigner aux enfants ces premiers élémentsde toutes nos connaissances.
C’est pour la même raison que je mets au rang de nos besoins réels cequi, dans l’état de nos arts, peut porter remède à nos souffrances, commeles secours de la médecine ; tout ce qui nous épargne des fatigues consi-dérables et la perle d’un temps précieux, comme d’être transportés envoilure dans nos voyages, etc.
Les besoins réels diffèrent donc selon les différents degrés d’avancementde la société ; ils diffèrent encore dans les diverses classes dont elle secompose. Et quoiqu’il faille nécessairement, dansun sujet pareil, admettrequelque latitude dans le sens des expressions, cependant les esprits justeset éclairés s’accordent assez dans l’application qu’ils en font.
Outre que la satisfaction des besoins réels nous préserve de maux trèsgrands et qui excéderaient tous les sacrifices, les dépenses qui en résultentont des bornes. Les besoins factices n’en ont point. Comment évaluer,même approximativement, les exigences de l’homme qui sacrifie tout àses fantaisies et qui donne dans les excès de la table et du jeu?