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Tome II.
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DES CONSOMMATIONS LES PLUS JUDICIEUSES.

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«té, pour tenir son escalier éclairé le soir, pour réparer les parties déla-; brées, vieillies ou malpropres de son appartement ou de sa maison. En-core ne veux-je rien dire de l'inconduite positive, qui absorbe plus d’ar-gent que tout le reste, surtout du jeu, avec lequel, dans l’espace de peud’heures, la fortune se change en misère et la gaîté en désespoir.

; Les besoins factices ont d’autres inconvénients. C’est là que l’on ren-contre la satiété qui affadit pour nous toutes les jouissances, et les excèsqui amènent presque toujours des chagrins plus grands que les plaisirsqu’ils ont procurés. Si une courte satisfaction entraîne une longue souf-france, on peut dire que celui qui a fait un semblable marché a employéson argenta acheter une peine. On ne saurait l’employer plus mal.

On voit des gens sacrifier des sommes considérables pour soutenir,quelquefois par pure vanité, un procès qui troublera le repos de leurs! nuits, qui les obligera à compulser des paperasses, à suivre des audiences,à recevoir des mortifications. On prétend qu’en Corse il n’est pas diffi-cile de trouver un assassin qui vous délivre d’un ennemi, moyennant unsalaire fort modéré. Je ne parle pas du crime que l’on commet pour sesatisfaire ainsi ; mais ne pensez-vous pas que la triste satisfaction quel’on goûte à se venger doit être bien vile surpassée,si ce n’est par les' peines du remords, au moins par les inquiétudes qu’une représaille, tou-jours à craindre, doit enfanter? « N’employez pas votre argent, nous dit« Franklin, à acheter un repentir. »

2° Les consommations lentes plutôt que les consommations rapides.

Les produits qui se consomment lentement, comme des habitationspropres et riantes, procurent à leurs consommateurs une jouissancelongtemps prolongée, à proportion de ce qu’ils coûtent. La dépense quel’on fait pour se les procurer a donc quelque chose de plus avantageux■ que celle qui ne procure qu’une satisfaction passagère. Quand on achèteun volume de six francs et qu’on en a soin, on peut le lire ou le consulteri pendant bien des années ; on peut le faire servir à l’instruction de ses en-| fants, le prêter à ses amis, le laisser à ses héritiers; il rend un long ser-

i vice, principalement si c’est un livre d’instruction. Mais si l’on emploie le

même prix de six francs à une bouteille d’excellent vin, la satisfactionque l’on en tire, et que je suis loin cependant de mépriser, ne durera quequelques minutes. Je ne blâme point cette dernière consommation ; ils’en trouve de plus rapides que l'on peut se permettre, quelque sage quel’on soit; mais, au total, les consommations lentes sont préférables, parce