232
SEPTIÈME PARTIE. — CHAPITRE VIII.
et celte dernière, doublée encore au bout de 15 ans, ne s’élèvera pas àmoins de 400 mille francs lorsque 45 ans seront écoulés. Il est vrai qu’a-lors le propriétaire dont il est question, ou ses enfants, se trouveront pos-sesseurs d’une maison qui, ayant été bâtie en matériaux légers, ne vau-dra plus rien ; mais aussi ils seront possesseurs de 400 mille francs de plusque s’ils avaient bâti un édifice plus solide ; et en supposant qu’ils veuillentremplacer leur maison de 50 mille francs par une autre pareille, ils au-ront toujours gagné 350 mille francs à prendre ce parti.
Dans les deux cas, la jouissance recueillie aura été pareille, car unemaison faite en matériaux légers peut recevoir tous les ornements, tousles agréments d’une maison plus somptueuse ; dans les deux cas, et malgrél’inégale durée des produits, la jouissance aura été une consommationlente, éternelle môme, car une maison qu’on rebâtit avec profits tous les45 ans peut être considérée comme un bâtiment éternel '.
On peut faire une observation du môme genre sur les meubles d’argenttrop massifs. Une cuillère légère rend autant de service qu’une plus pe-sante ; elle est même plus maniable ; et avec ce qui lui manque en matière,on peut la renouveler tous les quatorze ans si elle est usée.
Il ne faut pas appliquer la même règle aux objets qui s’usent rapidement,comme les étoffes ou le linge ; on ne saurait y employer de trop bons maté-riaux ; car, en même temps qu’on en consomme la matière, on consommela main-d’œuvre qui s’y trouve incorporée. La façon d’une étoffe est la même,soit que la matière en soit bonne ou mauvaise ; on en peut dire autant dutransport de la marchandise, de son emballage, de son magasinage. Toutce travail qui a été le même, qui a coûté autant pour une mauvaise étoffeque pour une bonne, est plus vite consommé quand le produit est de courte
’ 11 est inutile d’entrer dans le détail des autres avantages et des autres incon-vénients d’une construction légère et peu durable. Par exemple, il n’est pas sansinconvénient pour une famille d’avoir à quitter la maison qu’elle habite pendantqu’on en reconstruit une autre. Cette reconstruction fait qu’on perd beaucoupd’objets de décoration intérieure qui ne peuvent pas s’employer de nouveau; maiscompterait-on pour rien l’avantage de modeler une maison nouvelle sur des be-soins nouveaux? Au bout de quarante-cinq ans, les modes ont changé, une fa-mille n’est plus composée des mêmes individus; elle a besoin dans son loge-ment d’avoir des distributions différentes. C’est un avantage aussi d’une maisonlégère, qu’elle est plus grande en couvrant le même terrain, parce que les murset les planchers ont moins d’épaisseur.