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SEPTIÈME PARTIE.
CHAPITRE IX.
renouveler cet achat douze fois dans l’année, tandis que, dans l’autre, ilne faudra le renouveler que dix fois.
Faites une semblable expérience pour tous les articles de dépense, etvous reconnaîtrez que ce ne sont point les achats qui appauvrissent lesmaisons mal réglées, mais les consommations en nature des objets qu’ilfaut remplacer à mesure qu’ils sont détruits.
C’est en raison de l’influence que les femmes exercent sur les consom-mations de tous les jours et de tous les instants, sur la conservation desprovisions, des habits, des meubles, etc., que ce que l’on appelle unebonne ménagère est une personne si précieuse pour les familles, surtoutdans les fortunes médiocres. Le goût de la dissipation, le besoin d’êtresouvent hors de chez soi, coûtent plus quelquefois par les gaspillages qu’ilsintroduisent que par les dépenses positives qu’ils occasionnent. Lesgrandes maisons elles-mêmes sont plus souvent ruinées par l’incurie desfemmes de charge cl des intendants, lorsque les maîtres négligent de sur-veiller leur administration, que par leurs infidélités.
Le bon ordre est d’autant plus recommandable chez les personnesriches, que, sans le bon ordre, on ne saurait être libéral. Une famillerangée n’éprouve jamais ces embarras qui obligent quelquefois de re-courir aux services d’autrui, et le bien qu’elle fait est toujours gratuit;tandis que le prodigue qui vous accable de ses profusions ce mois-civiendra vous emprunter le mois prochain >.
Partout où l’on peut facilement se procurer en tout temps les chosesdont on a besoin, il ne convient pas de faire de gros approvisionnements.Ils occupent de la place, se détériorent et sont exposés à devenir la proiedes animaux et des voleurs - ; enfin, ce sont des valeurs mortes, des capi-taux oisifs qui pourraient rapporter un revenu. Les grosses provisionssont une manie de province. Née à des époques où le commerce était im-parfait, et où l’on n’avait pas la possibilité d’acheter certains objets lorsquel’époque de la foire était passée, celte coutume s’est conservée par vanité;
1 On lit dans les Mémoires du siècle dernier que madame Geoffrin, quoiquesa fortune fût médiocre, ne ferma jamais sa maison aux gens de mérite, ni sabourse aux malheureux; et pour que la légèreté des gens du monde ne lui fitpas un crime de son économie, elle fit graver sur ses jetons cette maxime :L'économie est mère de la libéralité.
2 J’ai vu des maisons dont les provisions de linge étaient usées dans les ar-moires avant d’avoir servi.