DES CONSOMMATIONS DE LA FAMILLE.
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on se glorifie de gros approvisionnements * 1 . La môme faiblesse se ren-contre moins dans les grandes villes, où chacun s’inquiète peu de ce quefait son voisin, et où la facilité de se procurer les choses avec de l’argentau moment qu’on les désire, rend superflu ce genre de précaution. Lesmeilleures provisions, les plus complètes, celles qui coûtent le moins àgarder et que l’on court le moins de risque de perdre, se trouvent chez lemarchand.
Un progrès économique de ce siècle est la suppression de ces énormesprovisions de vêlements qu’on appelait des garde-robes. La simplicité deshabits, surtout pour les hommes, n’admettant que peu de variété, on n’apas besoin d’avoir à la fois un grand nombre d’habits ; on s’attache uni-quement à les renouveler quand ils perdent leur fraîcheur. On en estplus proprement vêtu et à moins de frais *.
Un des meilleurs préceptes de l’économie est de payer tout comptant,)autant qu’on le peut. Outre qu’on obtient les choses à meilleur marché, jon est assuré par là de ne consommer que des revenus acquis. Acheter à icrédit, c’est emprunter au marchand ; or, emprunter pour consommerstérilement, approche beaucoup de l’inconduite. Lorsque vous empruntez, jvous consommez votre revenu par avance ; vous vous imposez donc une ?privation pour le mois suivant, pour l’année prochaine. Quant à ceux qui, jen achetant à crédit, se flattent d’être dispensés du paiement, ils sont bien !plus coupables : ce n’est pas leur bien qu’ils consomment, c’est le biend’autrui.
L’habitude d’acheter à crédit excite toujours à outrepasser les bornes /
1 II faut reconnaître toutefois que les approvisionnements étaient autrefoisune manière de conserver les épargnes; bien des sommes se trouvaient ainsisoustraites à des dépenses moins raisonnables et profitaient à toute une famille ;mais de semblables épargnes ne grossissaient pas les capitaux et, depuis que lesmoyeùs de tirer intérêt des fonds économisés se sont multipliés, on a renoncéde plus en plus aux grandes provisions. (Noie de l'cdileur.)
1 Les anciens poussaient cette folie plus loin que nous. « On dit qu’un jour« Lucullus ayant été prié de prêter cent manteaux de pourpre pour la représen-te talion d’une tragédie : Le moyen, dit-il, d’en avoir un si grand nombre! cepen-« dant je chercherai et je vous enverrai tous ceux qui se trouveront chez moi.« Le lendemain il écrivit qu’il en avait cinq mille et qu’on pouvait les faire« prendre, en tout ou en partie. » Horace , Ep. 6, liv. I er .