DE LA PRODIGALITÉ ET DE L’AVARICE.
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crifie l’avenir au présent, on donne dans la prodigalité. La véritable éco-nomie dans les dépenses consiste dans une comparaison judicieuse duservice que plus lard nous pouvons tirer d’une chose avec le service quenous en pouvons tirer dès à présent.
Remarquez que l’économie, dans le sens que je viens de signaler, peutj s’appliquer presque à toutes sortes de biens. On économise son temps, soncrédit, sa santé, aussi bien que ses richesses. Le fds adoptif de César,Auguste, fut économe de son pouvoir, et par là il sut l’augmenter jusqu’à! la fin de sa carrière. Bonaparte ne fut pas économe du sien, et c’est ce quile perdit. Il usa jusqu’à la bonne volonté du peuple français, qui fut im-mense pour lui, et il ne la trouva plus au moment du besoin.
L’économie du temps consiste à exécuter dès à présent ce qu’il faudraitde toute nécessité exécuter plus tard. L’ouvrage du jour laisse libre l’em-ploi du lendemain.
L’économie dans les dépenses est la seule qui ne sorte pas de notresujet. C’est à l’aide d’une sage économie que les familles pourvoient àl’éducation des enfants, à leur établissement, et aux soins que réclamentles vieillards. Sans elle, les plus grandes fortunes n’ont rien d’assuré. Maiselle exige des qualités qui ne sont pas communes. Pour se résoudre volon-tairement à une privation que la raison conseille, il faut être capable d’uncertain empire sur soi-même; il faut sacrifier le présent qui vous sollicite,l’occasion qui vous invite,pour un avenir moins pressant; il faut mêmeau besoin pouvoir résister aux désirs des personnes les plus chères poursuivre les avis d’une raison quelquefois austère. On n’est pas économe sansquelque effort ; or, un effort, toutes les fois qu’il est utile, est une vertu.
La prodigalité n’a d’autre règle que le caprice. Les conseils de la pru-dence et de la raison sont à ses yeux des calculs sordides. Suivant elle,| l’argent n’est bon qu’à être dépensé, comme si toute espèce d’emploi étaitindifférente. Tout ce qu’elle fait est l’œuvre de la démence ou tout au moinsde l’excessive faiblesse. Le prodigue est l’émule d’un enfant, d’une petitemaîtresse, incapables de résister à leurs moindres fantaisies.
L’amour du plaisir inspire beaucoup de folles dépenses qui ne répondentpoint à leur but. Les gens riches sont fort enclins à se persuader que toutesj les jouissances peuvent être acquises à prix d’argent; que ce n’est pointj leur affaire de chercher des moyens d’être amusés ; ils laissent le soin de| les divertir aux gens qui ont besoin de gagner. Qu’arrive-t-il? Les richesdemeurent en proie au supplice du désœuvrement et de l’ennui. La véritéest qu’une fois que nos premiers besoins sont satisfaits, nous jouissons