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Tome II.
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DE LA PRODIGALITÉ ET DE L’AVAlllCE.

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qu’on a pris les précautions qu’indique la sagesse, il faut savoir courir debonne grâce les hasards qui accompagnent toutes les choses humaines.L’avenir a ses dangers; il fout savoir les braver. L’homme ne se seraitpas rendu maître de l’univers s’il n’avait su braver le péril de la mer. Quedis-je? dans le monde le plus tranquille nous sommes entourés de dangers.Notre vie est menacée par la chute d’une tuile, par la rencontre d’un chienenragé; un poison peut se mêler accidentellement dans nos aliments; untremblement de terre, l’imprudence d’un voisin, le bras d’un scélératou d’un maniaque peuvent nous atteindre jusqu’au sein de nos maisons.Il y a de la pusillanimité, malgré tant d’accidents possibles, à ne pas s’avan-cer d’un pas ferme dans le chemin de la vie. Sacrifier le bien-être de safamille, le sien propre, sa considération, sa santé, quelquefois sa vie pourun avenir qui n’arrivera jamais; se priver de tout, de peur d’être privé detout, c’est folie. Ce n’est pas éviter le mal : c’est y tomber.

Au reste, l’avarice est beaucoup plus rare qu’aulrefois. Il n’est pas pro-bable que la nature humaine ait subi un changement; mais les circonstancesoù elle se trouve sont fort différentes de ce qu’elles ont été. Dans les tempsde barbarie, et même depuis, on avait beaucoup moins d’occasions de tirerparti de son argent. Les entreprises industrielles étaient petites, rares ethasardeuses. Point de grands voyages maritimes ; point de grandes en-treprises d’agriculture, ni surtout de manufactures; elles auraient été tropexposées aux ravages de la guerre, à la fureur des persécutions religieuses,aux brigandages de toute espèce. Nousnelaissons pasd’avoireu des échan-tillons de touteela, mais c’étaient des orages passagers; de grandesélenduesde pays n’y ont jamais été ex posées de notre temps, même dans les contréesqui ont été le théâtre de la guerre. Et là où il y a eu des ravages, les vain-queurs aussi bien que les vaincus se sont empressés de les réparer. Leurintérêt les y invitait, et les vrais intérêts des princes et des peuples sontun peu mieux entendus qu’autrefois, sans l’être complètement.

Quand on veut s’assurer une fortune maintenant, on ne thésaurise plusguère; on prend d’autres moyens. Pour ne parler que des moyens hon-nêtes, et (il fautle dire à la louange de la nature humaine) ce sont les plusgénéralement employés, on s’industrie, on se donne plus de peine, on faittravailler son imagination, on s’avise de plus de moyens différents, soitpour multiplier ses spéculations, soit pour étendre ses affaires. On y estfavorisé par les mœurs et par une aisance plus générale qui, d’une part,ont accoutumé chacun, suivant son état, à des consommations moins mes-quines; et qui, de l'autre, refusent toute considération, et même tout