CONSOMMATIONS PUBLIQUES. 251
besoin de fort grands services, sont pour l’État ce qu’elles sont pour les; particuliers. L’économie politique a ses lois également, fondées sur la
i la nature des choses et qui sont les mêmes pour tous. On a embrouillé
! l’économie politique en s’écartant du simple bon sens : une famille qu’on
j excite à dépenser s’appauvrit ; deux familles dans le même cas s’appau-
| vrissent également ; il en est de même de trois familles, de cent familles,
j de toutes les familles dont l’État se compose. Le nombre n’y fait rien, si
j ce n’est qu’il étend le mal.j
Les dépenses faites pour le compte du public, comme celles que fontles particuliers, peuvent être improductives ou reproductives. Si, dansune mémorable solennité, on donne au peuple des spectacles et des feuxj d’artifice qui aient coûté une somme de cinquante mille francs, cette dé-pense a été improductive. Si, au contraire , ou a dépensé une pareillesomme a creuser un canal de dérivation et à conduire de l’eau dans uncanton aride, on a fertilisé ce canton, il se couvrira de cultures, d’habi-tations et d’industrie; on aura fait une dépense reproductive.
Les dépenses publiques reproductives se résolvent toutes en une accu-; initiation d’une portion de revenu pour en faire un capital, ou pour en-tretenir un capital dans son intégrité. Les dépenses improductives sontdestinées à satisfaire un des besoins ordinaires du corps social, et la va-leur qu’on y emploie ne sert qu’une fois ; l’emploi qui en a été fait l’a raviepour toujours à la société.
Ainsi les dépenses consacrées à former une belle route, un pont, sontreproductives, parce que la valeur n’en est point consommée à l’instantmême : un pont, une route, sont de véritables capitaux dont la rente estle service, la jouissance que ces établissements procurent au public. Les; frais que l’on fait pour les entretenir dans un bon état de réparation nei sont point une dépense improductive, parce qu’ils servent à maintenir( dans son intégrité cette portion du capital national.
| Sur les entreprises d’industrie exploitées pour le compte d’une nation,| je n’ai rien de plus à dire que ce que j’ai dit au sujet des entreprises in-
I dustrielles exploitées pour le compte des particuliers, si ce n’est que d’or-
; dinaire elles donnent de la perte lorsque celles des particuliers donnentdu profit; à moins cependant que les entreprises nationales ne jouissenti! d’un monopole, comme celle de la poste aux lettres], en Angleterre, enFrance et ailleurs. Au moyen de son privilège exclusif de transporter leslettres, la régie des postes, appuyée de la loi, peut élever le prix du ser-