DE L’ÉCONOMIE DANS LES DÉPENSES DE LA SOCIÉTÉ. 253
; CHAPITRE XIII.
De l’économie relativement aux dépenses de la société.
| Personne ne supposera que l’économie dans les dépenses publiquesi consiste à dépenser peu; mais tout le monde conviendra qu’elle doit con-j sister à ne dépenser que ce qu’il faut et à ne pas payer les choses au-delà
! de leur valeur. Il est donc permis de croire que nul, depuis le potentat
jusqu’au simple citoyen, ne refusera d’admettre ces deux maximes pourrègle des dépenses d’une nation. Mais on est loin de savoir quelles en sontles conséquences, surtout dans l’application.
Les dépenses publiques, du moins dans les temps modernes, se fontaux dépens des peuples. Des armées plus nombreuses, un grand attirailde guerre, une population plus compacte, des frontières plus étendues,des intérêts plus compliques, ne permettent plus aux rois d’y pourvoirsur les revenus de leurs domaines. Les nobles ne font plus la guerre àleurs dépens; même dans le moyen-âge, si les roturiers payaient moins' de contributions régulières, ils étaient exposés à des exactions acciden-telles plus désastreuses que la part que supportent maintenant les parti-culiers dans des contributions au total bien autrement considérables, maisplus généralement et plus équitablement réparties.
La manière de lever l’impôt ne doit pas nous occuper en ce moment;i .nous remarquons seulement qu’il est payé par la société, par le peuple ;
; et que toutes les fois que le sacrifice qu’il impose ne tourne pas au profitI du peuple, qu’il n’est pas employé à pourvoir à la satisfaction de l’un oul’autre de ses besoins, il y a une violation du droit de propriété; car c’estdépouiller le propriétaire d’une valeur que de la détourner au profit d’unautre que lui.
Ce malheur arrive rarement, ainsi que j’en ai déjà fait la remarque,lorsqu’il est question des dépenses privées; parce que la personne qui faitle sacrifice étant la même que celle qui en supporte les frais, elle a soin,
i!
‘ quand elle n’est pas en démence, de ne consentir à la dépense qu’autantj qu’elle s’en trouve indemnisée par la satisfaction qui la suit.
La chose se passe différemment dans ce qui a rapport aux dépensespubliques. Ici le contribuable qui supporte le faix de la dépense n’est pointappelé à juger quelles dépenses sont celles dont il seva suffisamment in-