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SEPTIÈME PARTIE. — CHAPITRE XIII.
demnisé. L’économie des nations modernes veut que le temps et les fa-cultés des citoyens soient consacrés à l’entretien des familles. L’oisivetémême des grands terriens et des gros capitalistes est un malheur. La seuleadministration de leurs biens est une affaire. Chacun est occupé dessiennes, et la division des travaux (seule organisation praticable pour degrandes sociétés avancées dans la civilisation) veut que le soin des af-faires de l’État, devenues plus compliquées, occupe une classe d’hommesexclusivement. Le gouvernement représentatif n’est pas seulement uneforme politique récemment découverte et arbitrairement établie; elle estle fruit nécessaire des progrès économiques des sociétés modernes. Lesgouverner est devenu une occupatiou particulière qui exige des étudesspéciales et absorbe les facultés d’un homme tout entier '. II doit pouvoirapprécier tous les besoins du corps politique; il doit connaître les meilleursmoyens de les satisfaire, ce que chacun de ces moyens coûte au public, etl’avantage que le public en relire : ce qui suppose des connaissances, nonseulement politiques, mais morales, et ce qui m’a fait dire que l’économiepolitique, poussée à ses dernières conséquences, embrasse l’étude de l’or-ganisation sociale tout entière.
Le soin de gouverner les nations se compose de beaucoup d’occupationsséparées; mais les limites de ces occupations se confondent. Les fonctionsde ceux qui font des lois et de ceux qui les exécutent, fonctions que, parsuite d’anciens préjugés, on appelle des pouvoirs, sont tellement analoguesentre elles, qu’il a toujours été impossible de séparer nettement les attri-butions du législateur de celles de l’administrateur. Lois, réglements d’ad-ministration , décisions ministérielles, sont des règles imposées; ellessont diverses quant à leur importance, mais je n’y vois aucune différencequant à leur nature. Le législateur administre lorsqu’il statue sur unéchange; et l’administrateur fait une loi quand il juge' à propos de faire,dans l’intérêt du peuple, une dépense dont la ratification ne peut pas êtrerefusée. C’est pour cette raison que je donne le nom de gouvernement à
1 C’est bien inutilement que Machiavel, Mably, J.-J. Rousseau et d’autres,ont voulu appliquer aux nations modernes les principes qui dirigeaient les an-ciennes républiques. Quelle expérience pouvons-nous tirer de la manière d’agirde cent petits peuples qui ne pouvaient subsister qu’en se pillant les uns les autres,et réduisant leurs prisonniers à l’esclavage; où les citoyens n’avaient d’autresoccupations que de promener leur oisiveté sur la place publique, y prononcerdes jugements et y vendre des votes ?