Band 
Tome II.
Seite
255
JPEG-Download
 

DE L’ÉCONOMIE DANS LES DÉPENSES DE LA SOCIÉTÉ. 255

cet ensemble d’autorités (quelles que soient les fonctions que les diffé-rentes constitutions politiques leur attribuent) dont les décisions doiventêtre obéies.

Or, quels que soient les dépositaires de l’autorité, je dis que, par suitede l’organisation nécessaire des sociétés, ce sont des personnes diffé-rentes qui fournissent aux dépenses et qui décident à quel objet ellesseront appliquées. Sans doute, l’homme qui siège sur les bancs d’une lé-gislature, et même celui qui occupe le bureau d’un ministre, supportent,en leur qualité de contribuables, leur part du fardeau des contributions ;mais cette part est si petite, comparée aux sommes dont ils disposent,qu’ils peuvent, agissant dans l’une de ces capacités, ordonner une dépensemoins dans la vue du bien qui doit en résulter pour l’État que de l’avan-tage qui en résultera pour eux-mêmes ; ils pourront employer l’argentdestiné à pourvoir aux besoins du corps social à grossir leur revenu par-ticulier, à se faire des amis, à se ménager des protecteurs.

Il faut être animé d’un profond sentiment de ses devoirs pour ne ja-mais perdre de vue que l’argent de la nation ne doit être employé quepour la nation ; pour résister, s’il le faut, à des sentiments de générositénaturelle, et surtout de condescendance aux volontés des grands. On saitque, pour faire sentir à Henri IV toute l’importance d’uu don qu’il voulaitfaire, Sully fit apporter et étaler à ses yeux la somme tout entière en es-pèces. Necker, étant ministre des finances, répondait à l’un de ces vam-pires de cour qui lui représentait qu’une pension de mille écus était bienpeu de chose pour un grand prince comme le roi de France : « Savez-vous,« monsieur, que vous me demandez la contribution de tout un village? »Qu’est-ce donc quand la contribution de cent villages est accordée à titrede munificence et comme l’expression d’une gratitude purement person-nelle !

Dans tout État bien ordonné, il faut se tenir en garde, non-seulementcontre les suggestions de l’intérêt privé, mais contre l’insouciance et lemauvais jugement de ceux qui ordonnent les dépenses. Si nous voyons tousles jours des particuliers se.livrer à des dépenses insensées, combien àplus forte raison ne doit-on pas en craindre de pareilles quand les fraisdoivent en être puisés dans les poches des contribuables !

Quant au second principe d’économie dans les dépenses publiques, celuiqui commande de payer au plus bas prix possible les consommations re-connues nécessaires, l’expérience prouve qu’il est extrêmement difficile