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SEPTIÈME PARTIE. - CHAPITRE XIII.
qu’on s’y conforme dans la pratique, et de cette difficulté naissent lesprincipaux abus qu’on remarque dans les grandes sociétés. Les particu-liers, dans leurs consommations privées, ne paient jamais les choses beau-coup au-delà de leur valeur réelle ; le prix courant des objets qui sont àleur usage ne s’élève guère au-dessus de leurs frais de production ; laconcurrence est là qui fait naître de nouveaux producteurs pour tous lesproduits qui donnent des profits trop supérieurs aux frais de leur produc-tion; le consommateur va au meilleur marché ; et s’il ne l’obtient pas d’uncôté, il le cherche ailleurs. Les hommes qui décident des dépenses publi-ques ne sont pas de même intéressés à se procurer les choses destinées àla consommation du public à leur juste valeur. Ce n’est pas leur argentqu’ils dépensent ; le prix qu’ils paieront, quelque élevé qu’il soit, ne dimi-nuera pas d’une obole leur traitement ; il l’accroîtra peut-être. L’État a be-soin de salpêtre ; le commerce en procurerait à dix sous la livre; la voie laplus simple serait de l’acheter ; mais on aime mieux avoir une directiondes poudres etsalpêlres, des officiers, des inspecteurs, de nombreux agentsà nommer, des places à distribuer, etc., et payer le salpêtre le double oule triple du prix où on pourrait l’obtenir ; sans compter l’impôt que le mo-nopole fait payer aux consommateurs de cette marchandise, et les vexa-tions que l’on fait subir aux citoyens pour chercher la matière première etl’extraire de leurs étables et de leurs celliers l .
Les services personnels que réclame le public donnent lieu à des abusplus graves encore. Ils composent la principale des consommations pu-bliques; et c’est la denrée que les nations paient le plus généralement au-delà de sa valeur. Ceux qui distribuent les places, fût-ce le peuple par desélections, ne peuvent pas connaître la capacité, l’amour du travail, la
' Comme il n’y a pas d’abus qui n’ait ses défenseurs et ses excuses, on dit enFrance qu’il ne faut pas dépendre de l’étranger pour un article nécessaire à lasûreté du pays. L’ignorance seule peut se contenter de cette raison. L’habitudede tirer du salpêtre de l’Inde ne ferait que laisser à celui de France le tempsde s’accumuler; au moment d’une guerre, on en trouverait avec d’autant plusd’abondance qu’il y aurait eu moins d’extractions faites dans l’intérieur; lecommerce et la contrebande en fourniraient même en temps de guerre; et fina-lement, s’il fallait alors l’extraire en totalité de France, il vaudrait mieux le laisserextraire par l’industrie particulière et le payer selon la valeur où le porterait laconcurrence, que d’entretenir dans tous les temps une administration dispen-dieuse.