DE L'ÉCONOMIE DANS LES DÉPENSES DE LA SOCIÉTÉ. 2S7
probité des hommes qu’ils élisent. La force ou l’adresse se sont toujours! emparées de la nomination aux places, qui sont des moyens de lucre en! même temps que des moyens d’influence et de pouvoir. Quand elles sont! très multipliées, et que les nominations sont remises à un petit nombre defonctionnaires, quelquefois à un seul, ceux-ci sont plus mal posés encoreI pour apprécier les personnes sur qui tombent leurs choix. Ce sont desi favoris, des recommandations puissantes qui en décident, et rarement les
intérêts généraux.
Ceux qui nomment et ceux qui sont nommés sont également intéressésà grossir les salaires; les uns pour se faire des créatures plus dévouées, lesautres pour vendre leur travail à plus haut prix.
Par la même raison, on est, de part et d’autre, intéressé à accumulerplusieurs emplois sur la même tête. On se réserve par là des moyens d’in-fluence sur des gens à place qu’une première grâce n’exclut pas alors del’espoir d’en obtenir une seconde, une troisième, et quelquefois un bienplus grand nombre '.
Du cumul aux sinécures, le pas est aisément franchi. Le cumul met
1 Pendant les violents orages de la révolution française cet abus avait étédéraciné. Sous le gouvernement impérial, il s’est rétabli graduellement enFrance, et il se trouve que beaucoup de fonctionnaires publics jouissent de plu-sieurs emplois, que non-seulement il est impossible à un seul homme de bienremplir, mais qui sont incompatibles entre eux.
Tel homme est à la fois conseiller dans une cour de justice, membre du con;seil d’état, secrétaire général d’un ministère.
Tel autre est à la fois juge, professeur universitaire, conseiller d’état, acadé-, micien, député.
I Tel autre est censé remplir les fonctions de chef d'un corps militaire, de com-! mandant de marine, en même temps qu’il remplit un office dans l’administration| à Paris.
I Des évêques ont un traitement comme évêque, un autre comme chanoine duchapitre de Saint-Denis et une dotation à la chambre des pairs, indépen-damment d’un palais richement meublé à Paris, d’un autre palais égalementmeublé en province, et de sa part du casuel du clergé.
Pour déguiser en partie l’accumulation des traitements dans une même main,! on a soin de les revêtir de noms différents. On les reçoit à titre d’appointements,j de gratifications, d’indemnités, de traitements d’expectative, de pensions deréforme, de retraites, d’abonnements pour frais de bureaux, de frais de repré-sentation, de loyers, de suppléments, etc.
ir.
17