DE L’ÉCONOMIE DANS LES DÉPENSES DE LA SOCIÉTÉ. 259
haute influence sur ses destinées par le simple ascendant de l’opinion pu-blique.
Mais pour que cette influence soit favorable, il faut que la nation sachebien en quoi consistent ses vrais intérêts. Elle approuve alors les dépensesdont le résultat est de maintenir la paix au dedans et au dehors, de luiprocurer de bonnes lois fidèlement exécutées, des communications faciles,favorables à ses débouchés comme à ses consommations, des militaires ca-pables. de la défendre et non de l’asservir, des instituteurs en état de l’éclai-rer. Ces dépenses satisfont à des besoins réels et sont bien entendues.
Mais si cette nation a la fureur des conquêtes ou celle de la vengeance ;si ses dépenses ont pour objet d’ajouter à son territoire des provinces quin’ajouteront rien à son bonheur; si elle entretient à grands frais une mul-titude d’agents, une cour splendide, qui ne la servent pas, et une nom-breuse armée propre seulement à menacer l’indépendance de ses voisins’,elle ne satisfait par ces dépenses que des besoins factices.
C’est encore pis, si, loin de trouver des satisfactions dans ses dépenses,la nation n’en peut recueillir que des peines ; si ses affaires sont d’autantplus mal gérées qu’elle entretient un plus grand nombre d’agents et qu’elleles paie plus largement ; si le faste de sa cour ne sert qu’à humilier le mé-rite modeste et à corrompre les hommes dont le talent pourrait lui devenirutile; si les armées, loin de protéger les citoyens, fournissent des sbires etdes bourreaux à leurs oppresseurs; si un clergé avide et ambitieux abrutitl’enfance, désunit les familles, s’empare de leur patrimoine, met l’hypo-crisie en honneur, soutient les abus et persécute toutes les vérités.
Un auteur serait téméraire, qui prétendrait prévoir et fixer d’avance lesdépenses que les besoins publics lui paraissent devoir nécessiter. Mais ilpeut donner une idée de la nature des besoins et de ce qui en résulte.Ch. Comte a fort judicieusement observé que la puissance de l’homme quiexpose une science se borne à faire voir ce que les choses sont et ce qu'ellesproduisent
' La politique de Bonaparte était de se ménager par les traités des têtes depont au-delà des grandes rivières, et des forts sur les revers des hautes mon-tagnes. C’était menacer perpétuellement ses voisins et les tenir dans des liensdont ils devaient, à la première occasion, chercher à s’affranchir. Est-ce mer-veille qu’il n’ait plus trouvé d’alliés au moment du besoin ? 11 s’est plaint de leurdéfection ; mais n’avaient-ils pas lieu de se plaindre de leur esclavage ?
* Traité de Législation, tome I, page 246.