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Tome II.
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SEPTIÈME PARTIE. — CHAPITRE XV.

lois favorables à son bien-être ; une nation ignorante et infestée de pré-jugés en adopte de mauvaises. Des législateurs éclairés et capables par-viendraient difficilement à réformer la législation des Turcs. L’empereurJoseph II ne put parvenir à supprimer les couvents et à borner l’autoritédu pape dans ses États '. C’est ainsi que beaucoup de nations ont de mau-vaises lois. Ce qu’elles doivent désirer, ce qui devrait faire l’objet de leurétude, si elles entendaient leurs intérêts, ce seraient les moyens d’en avoirde bonnes aux moindres frais.

On a vu des peuples faire choix d’un législateur unique ; et ce mode apu suffire à des nations simples encore, où les arts et les relations socialesétaient peu variés ; mais dans nos mœurs modernes cette fonction excé-derait évidemment les facultés d’un homme seul, qui, en le supposant com-plètement désintéressé, pourrait obéir, malgré lui, à des préjugés, à dessystèmes, à un caractère qui le domineraient. Les Athéniens eurent àsouffrir des lois de Dracon et furent obligés de les abolir presque toutes.

Quand c’est le prince qui fait les lois, comme dans la plupart des Étatsmonarchiques, la réunion de plusieurs pouvoirs dans ses mains, le com-mandement des troupes, la disposition du trésor, la facilité d’étouffer lesréclamations, le dispensent aisément de toute responsabilité. Les lois alorssont faites dans l’intérêt du pouvoir, dans l’intérêt des agents du pouvoiret des favoris du prince, beaucoup plus que dans l’intérêt de la société.On peut ajouter que, dans ces cas-là, la confection de la loi, même quandelle est bonne, comme beaucoup de celles qu’ont faites Léopold en Tos-cane, Frédéric en Prusse, est loin d’être gratuite ; car le prince ne s’ou-blie pas, et sa cour encore moins.

Quand les législateurs sont nombreux, comme ils le sont dans les gou-vernements représentatifs, les lois sont plus probablement conformes àl’intérêt général ; mais il faut alors que le législateur reçoive une indem-nité du temps et des peines qu’il sacrifie au public ; car la portion d’hon-neur et de gratitude qui échoit dans ce cas à chaque législateur en parti-culier n’est pas une indemnité suffisante pour lui.

Il y a quelques pays où les législateurs ne reçoivent aucune indemnité ;mais de fâcheuses expériences nous apprennent qu’alors ils restent trop

1 Pierre I er , en Russie, a pu détruire les Strelitz, Méliémet-Ali a pu massacrerles Mamelouks en Égypte, et Mahmoud les Janissaires à Constantinople; maisils n’avaient affaire qu’à des corps privilégiés mal soutenus par le vœu du plusgrand nombre.