DÉPENSE DE LA CONFECTION DES LOIS.
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exposés aux séductions du pouvoir, qui dispose des places et du trésor pu-blic. On pourrait citer des nations modernes où les représentants les plusfidèles à leur mandat sont les seuls qui n’ont jamais de récompense ; cequi est le principe d’une détestable législation et d’une corruption géné-rale. La maxime qu’un citoyen se doit tout entier et gratuitement à sapatrie, loin d’être favorable à la société, lui est très contraire. Le but de lasociété est de garantir à chacun ses droits, sa sûreté, sa propriété, et nond’en exiger le sacrifice ; et c’est aussi par là que les citoyens sont intéressésau maintien de l’ordre social. Nous avons malheureusement hérité à cetégard des idées des anciens. Chez eux, l’existence de la patrie dépendaituniquement de sa force matérielle. Elle cessait d’exister du moment qu’ellecessait de vaincre. Il fallait toujours qu’elle détruisît ses ennemis, soit audedans, soit au dehors, afin de n’êlre pas détruite par eux ; ce qui rendaitnécessaire une sorte de fanatisme politique où les sacrifices n’étaientcomptés pour rien, et la patrie au contraire pour tout. Mais qu’arrivait-il?un peuple qui n’avait compté que sur la force matérielle pour se maintenir,devenait esclave du moment qu’il était le plus faible. Il devenait esclaved’un autre peuple ou d’un despote. Ceux-ci répondaient à leur tour à sesréclamations : vœ victis / comme ce peuple lui-même, quand il était le plusfort, avait répondu à ses adversaires. C’était l’enfance de la civilisation.Les principes qui dirigeaient des peuples encore à demi-sauvages neconviennent plus au siècle des lumières, de l’industrie et des richesses.
Il était réservé aux peuples modernes d’asseoir l’édifice politique surun fondement plus durable et plus solide, en ce qu’il ne porte pas en lui-même le principe de sa destruction. Ce fondement, c’est l’intérêt de chaquenation, et l’intérêt propre de chaque particulier, ou du moins de la grandemajorité d’entre eux. Cet intérêt, bien entendu, nous enseigne que chaquepeuple, de même que chaque individu, doit désirer, non la ruine, mais laprospérité des autres, parce qu’elle lui est favorable. Il donne ainsi à lajustice l’ascendant qui, dans l’état inculte des hommes et des peuples,réside entre les mains de la force'.
1 Quand un peuple étranger est trop sauvage encore pour comprendre que souintérêt est de vivre en paix avec vous plutôt que de vous faire la guerre, il fautbien se défendre, de même qu’il faut résister aux attaques des voleurs; mais,comme un particulier n’est pas autorisé à prendre l’offensive, une nation ne l’estpas non plus. Chaque nation est maîtresse chez elle bien plus certainementencore qu’un propriétaire sur son terrain , car la propriété d’une nation ne sau-