DÉPENSES QUE FAIT UN ÉTAT POUR SA DÉFENSE. 279
si les peuples étaient éclairés, quel qu’en fût le succès, les chefs qui lesprovoquent et y concourent n’en recueilleraient que de la honte. On ré-serverait la gloire pour la défense légitime, et dans la défense légitimeje comprends les efforts que l’on fait pour s’affranchir d’un joug maintenupar la force, comme celui qui pesait sur les Ilotes à Lacédémone. Qui-conque opprime les hommes se met en état de guerre contre eux.
Soit que l’ennemi agisse dans l’intérieur ou qu’il vienne du dehors, unenation ne peut compter que sur elle-même pour assurer son indépen-dance. Mais elle peut, suivant les moyens qu’elle emploie, la défendreavec plus ou moins de succès, avec plus ou moins de frais. C’est sous cerapport que l’art de la défense rentre dans l’étude qui nous occupe. L’éco-nomie des frais comprend le succès; car des moyens qui ne réussissentpas sont toujours chers.
Indépendamment de l’envie de conquérir et d’opprimer d’une part, etde résister de l’autre, il peut naître entre nations, de même qu’entre par-ticuliers, des différends qui ont leur origine soit dans des vanités et desrivalités nationales, soit dans des intérêts mal compris. La vanité est .unvice fécond en fâcheuses conséquences, aussi bien pour les nations quepour les particuliers. Quand on veut s’affranchir des conséquences, il fautsupprimer les causes. Or, sans se montrer timide, on peut presque tou-jours réprimer l’orgueil qui n’est pas moins commun chez les nations quechez les individus. Un peuple doit tendre à placer le triomphe de sa va-nité, non dans l’humiliation des vanités rivales, mais dans le bien-êtredont il jouit. Quant aux rivalités nationales et aux erreurs dans lesquelleson peut tomber relativement aux intérêts nationaux, les progrès de l’éco-nomie politique en atténueront peu à peu l’influence. Jusque-là, il faut s’at-tendre à des querelles entre les nations. Le plus faible degré de civilisa-tion suffit pour qu’il s’établisse une sorte de droit qui préside à la décisiondes différents qui s’élèvent entre les particuliers. Même chez les Indiensde l’Amérique du Nord, il y a des espèces de tribunaux, des vieillards,dont le jugement protège le faible opprimé. Entre nations, un assez hautdegré de civilisation ne les préserve pas du malheur d’en appeler à la forcephysique et brutale pour terminer leurs débats. Henri IV, roi de France,le vertueux abbé de Saint-Pierre, J.-J. Rousseau, ont proposé des moyensde paix perpétuelle, qui n’out été regardés, avec raison, que comme des
Au total, elles sont nuisibles à une bonne administration, indépendamment dusang et de l’argent qu’elles coûtent.